Mauritanie : Bravo l’artiste ! L’art de diviser pour bien régner
La capacité du pouvoir mauritanien à se saisir de toutes les opportunités pour prouver à son opinion publique sa force et sa légitimité (et au passage faire diversion sur la situation économique des ménages qui ne cesse d’empirer) n’a d’égal que le trouble et le désarroi qu’il semble semer dans les rangs de son opposition. Quoiqu’il en soit, et comme pour distiller le doute dans l’esprit de ceux-ci, Ould Abdel Aziz multiplie les gestes de bonne volonté. Il reçoit, tour à tour, et à plusieurs reprises, Yahya Ould El Waghf, Ahmed ould Daddah, Boydiel ould Houmeid, Messaoud ould Boulkheir, et leur exprime toute sa disponibilité à ouvrir un dialogue avec toute l’opposition, pour le bien de la mère-patrie.
Depuis cet article, rien ne semble avoir fondamentalement changé ... plutôt si ! maintenant que le tour est joué et bien réussi, les camps semblent désormais bien identifiés et bien enferrés dans leurs positions respectives, si tant est qu‘on arrive à lire leur véritable point de vue.
En effet, on trouve d’abord le camp des ex-durs à cuire, "ex" puisque pour son représentant le plus imminent, Messaoud ould Boulkheir, même s’il n’a de cesse de répéter que l’accord de Dakar représente toujours « la seule référence valable pour enclencher [tout] dialogue", il s’agit désormais de considérer qu’avec le pouvoir les "divergences ne sont pas aussi déterminantes ou fondamentales", compte tenu de la situation nationale. Les membres de l’opposition doivent donc "maîtriser et modérer leurs aspirations quelle que soit leur nature". Il peut donc désormais s’afficher, lors de la prière de l’Aïd El Kebir, avec Le Président de la République et le retrouver au Palais ocre, par la suite, pour une rencontre formelle. Quelle rhétorique périlleuse !
Il faut dire que ce n’est pas la première contradiction du genre, dans le champ politique mauritanien. Vient ensuite, le camp de l’eternel "ni ....ni ", comprenez, "ni trop loin du pouvoir, ni avec le pouvoir", celui, qui avec Ould Daddah a habitué l’opinion à ses volte-faces et à ses revirements, déjà du temps de Ould Taya. Daddah, après l’échec de ses tentatives de rapprochement avec le Président ould Abdelaziz , ces dernières semaines, retrouve le ton pur et dur de l’opposition et se lance à la charge de la " politique de la précarité et de l’improvisation" du gouvernement. Ce qui lui vaut l’ire du parti de la majorité, l’UPR, Union pour la République, qui affirme que Ould Daddah "ne manque jamais une occasion pour renouveler son mépris de la sécurité et de la stabilité du pays ainsi que des valeurs démocratiques et nationales".
Quand on sait que la majorité des acteurs politiques opposés à la politique du pouvoir avait refusé de participer auprès du Président Ould Abdelaziz au débat national organisé par les autorités sur la question de l’extrémisme et du terrorisme », et que Ould Daddah, Ould Waghf ainsi que Ould Houmeid y avaient consenti, on comprend que les discours des premières heures de la coalition de l’opposition sont bien loin. Est-ce cette cacophonie et cette stérilité de l’opposition politique qui permet à un autre grand ténor de la politique mauritanienne, Boidiel ould Houmeid, d’affirmer le plus sérieusement du monde que « Malgré ses aspects positifs, le multipartisme a divisé les mauritaniens » ? Il est vrai qu’après l’échec du front uni contre le putsh du général et l’inertie du COD, on peut se demander à quoi sert l’opposition ; mais de là, à chanter les vertus du parti unique, comme le semble le faire Ould Homeid, la liaison est bien périlleuse.
Il faut reconnaître cependant que l’avenir est bien morose, quand on entend la litanie récurrente sur la nécessité d’un dialogue avec l’accord de Dakar comme seule référence. Autrement dit, une exigence sans réel espoir de réussite, puisque l’objectif de cet accord était d’assurer la transition jusqu’aux élections. La vraie question réside dans cette obstination de la coalition de l’opposition à ne pas renouveler, à la fois son mode d’action et ses objectifs. A moins de finir par croire que l’opposition n’a d’autre objectif que celui de rejoindre Ould Abdelaziz, en réinterprétant la légèreté des préalables énoncées par Yahya ould Waghf, comme base de négociation pour une participation de son parti pour rejoindre le pouvoir, comme une main tendue sans conditions véritables. Peut-être que de retour de son voyage chez le socialistes français - les champions de la division mais qui ont réussi, pour le moment, à dépasser leurs dissensions- Ahmed Ould Daddah reviendra-t-il avec quelques recettes...
Miriam pour Ciesma
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