L’épouvantail DSK
59 / 41 : le sondage sur un second tour DSK-Sarkozy a fait du bruit. Certains se rassurent en évoquant sa position de patron du FMI, l’histoire, l’éloignement de l’élection, la présence de Martine Aubry, ou encore la possibilité qu’il ne se présente pas. Et si sa victoire était déjà très proche ?
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Peut-il ne pas y aller ?
Il est parfaitement vrai que nous sommes encore très loin de l’élection et qu’il y a du temps pour que les choses changent. D’ailleurs les stars des sondages à plus d’un an et demi de l’échéance sont rarement les vainqueurs (Raymond Barre pour 1988, Edouard Balladur ou Jacques Delors en vue de 1995 et Lionel Jospin pour 2002), même si Nicolas Sarkozy, pour le coup, a été l’exception qui a confirmé la règle. Cependant, l’écart enregistré par ce sondage est historique…
Certains pensent que DSK préfèrera rester au FMI pour solliciter un second mandat. Cependant, sa place au Fonds est rendue instable par le scandale passé et le fait que beaucoup de pays souhaitent que le poste ne revienne pas forcément à un européen. Bref, son CDD devrait se terminer en 2012. N’aurait-il pas intérêt alors à l’abandonner un an avant pour viser une présidence jusqu’en 2017 ? Et puis, la comparaison avec Jacques Delors n’est pas valide : DSK est allé aux primaires il y a quatre ans.
Les socialistes peuvent-ils en choisir un autre ?
Ensuite, certains soulignent (avec justesse) qu’il est peut-être trop à droite pour les militants de gauche et qu’il avait largement échoué aux primaires de 2006. Sauf que les sondages montrent aujourd’hui qu’il est populaire à gauche et surtout qu’il est bien mieux placé que tous les autres pour gagner. Après 17 années de présidence de droite, cet argument a toutes les chances de lourdement peser dans la balance. L’écart entre lui et Martine Aubry comme candidat de second tour est considérable. La première secrétaire est dans la position de Ségolène Royal à l’automne 2006…
Enfin, le paysage au Parti Socialiste se décante. Bertrand Delanoë a renoncé. Et le sondage du Nouvel Obs, s’il était confirmé par d’autres, sonnerait sans doute la fin des ambitions présidentielles de François Hollande et Ségolène Royal qui ne parviennent pas à battre le président sortant. En effet, qui, à gauche, souhaitera soutenir un candidat incapable de battre Nicolas Sarkozy si un autre y parvient aussi aisément. Et le score nettement moins fort de Martine Aubry l’affaiblit également, d’autant plus qu’elle a déjà dit qu’elle se rangerait derrière celui ou celle qui sera le mieux placé.
Nicolas Sarkozy peut-il le battre ?
Certains croient que Nicolas Sarkozy n’a pas perdu. Il faut dire que le précédent de 2007 est vivace pour les opposants de la première heure qui espéraient sa défaite (et je n’étais pas le dernier à pronostiquer sa défaite à l’époque également…). Cependant, il faut prendre en compte le contexte de l’époque. Il était à la fois dans la majorité (pour la sécurité) et dans l’opposition (la rupture). Et surtout, Ségolène Royal (même si j’ai appelé à voter pour elle au second tour) a fait une très mauvaise campagne, culminant avec le pitoyable débat d’entre deux tours.
Là, le contexte est complètement différent. Nicolas Sarkozy devra défendre un (mauvais) bilan. Il a mangé son pain blanc budgétaire et va devoir serrer la vis avant la campagne. DSK sera tout auréolé de son passage au FMI et bénéficiera du confort de dix années d’opposition. Bref, son avance pourrait se maintenir car toute la gauche et une partie du centre et du centre-droit s’opposeront à Nicolas Sarkozy. DSK n’a pas grand-chose à faire pour battre le président sortant, comme l’illustre l’avance historique qu’il a sur lui dans les sondages. Le piège du FMI se referme sur son initiateur.
Bref, tout indique que Dominique Strauss-Kahn a de grandes chances de devenir le nouveau président de la République en 2012. Il fait le vide au PS et Nicolas Sarkozy est décrédibilisé. Après, cela est loin de vouloir dire qu’il représente l’alternative dont la France a besoin.
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