L’hypothèse Delanoë
Les médias français, que l’on accuse souvent trop facilement de "faire l’opinion" des gens ont repéré quelqu’un qui semble pour beaucoup être la seule alternative à Ségolène Royal au sein du Parti socialiste. Il faut dire que la tâche leur a été facilitée par le fait que le nouveau président de la République lui-même a pris plaisir à mettre en valeur le maire de Paris. Quelles leçons tirer de cette soudaine mise en avant de Bertrand Delanoë comme leader potentiel de la gauche et/ou du PS ?
Je connais bien les qualités du maire de Paris, que j’avais souhaité voir évoluer à Paris très tôt au début des années 1980.
Le grand public a découvert Bertrand Delanoë en 2001, lors d’un débat resté dans les mémoires contre Philippe Séguin. En effet, le débat sur le traité de Maastricht avait démontré la grande pugnacité de Philippe Séguin et son talent de "débatteur". Il n’y avait nul doute pour toute personne ne connaissant pas Bertrand Delanoë, que Séguin n’allait faire qu’une bouchée de cet homme à l’apparence discrète et distinguée. Et pourtant, ce soir-là, nombre de Français ont découvert une personnalité au charisme impressionnant, qui semblait savoir parler des sujets de société de façon moderne, un homme politique dont l’envergure semblait plus importante que la moyenne, quelqu’un qui méritait de diriger une ville comme Paris. Depuis son élection, Bertrand Delanoë a démontré qu’il avait effectivement le niveau requis pour être maire d’une très grande ville.
Cependant, maintenant que la question est posée, peut-on imaginer que sa méthode qui n’a pas trop mal réussi à Paris (bien qu’il y ait aussi un passif assez lourd dont nous parlerons plus tard), sa politique puisse s’appliquer à l’échelle de notre pays ?
Si on en reste au dernier maire de Paris en date ayant accédé aux plus hautes fonctions, Jacques Chirac, on ne peut sous-estimer le fait que ce dernier a aussi été deux fois Premier ministre avant d’être élu en 1995. Son bilan n’étant d’ailleurs pas glorieux, ne nous attardons pas sur son cas. Ce qui est intéressant, c’est de remarquer que bien qu’étant membre du Conseil national du PS, Bertrand Delanoë n’a jamais eu de responsabilité nationale, ce qui manque fortement à son expérience, bien qu’il soit sans doute capable d’assumer de telles fonctions. Au niveau idéologique, ses positions sont souvent dans une ligne jospiniste et sa position au sein de l’appareil socialiste ne l’a pas aidé à faire vraiment évoluer le parti. Il ne semble pas envisager le socialisme du XXIe siècle comme une doctrine sociale libérale clairement assumée. Il a d’ailleurs été parmi les derniers soutiens à une nouvelle candidature de Lionel Jospin avant de se "résigner" à soutenir la candidate choisie par les militants du parti. Rien de totalement original donc sur ce plan-là, alors que la gauche a cruellement besoin de se rénover idéologiquement, après avoir souffert sous Lionel Jospin par un certain sectarisme, ainsi que le parasitage effectué à leurs postes respectifs par la plupart des ministres et secrétaires d’Etat communistes, ainsi que par la ministre qui a affiché le pire dogmatisme à savoir Martine Aubry dans l’application de ses fameuses lois de "modernisation sociale", instaurant la régression que les 35 heures ont favorisées pour l’économie française.
Alors, certes Delanoë est une hypothèse non négligeable, il a des convictions chevillées au corps, et contrairement à Ségolène Royal, il sait faire un vrai discours.
Pourtant, je ne crois pas qu’il représente LA solution à l’heure actuelle et j’espère qu’une fois la passe d’arme du 17 juin au soir achevée, d’autres personnes sortiront du lot pour emmener la gauche vers sa modernisation. Malheureusement, c’est loin d’être gagné à l’heure actuelle. Dans tous les cas, bonne chance à lui pour sa réélection à Paris, espérons qu’il se rende compte lui-même s’il est réélu de la stupidité du traitement de certains dossiers, notamment le PLU (plan local d’urbanisme) qui contient le meilleur (les 25% de logements sociaux) comme le pire (le nombre de places de parking par logement...).
En bonus : l’interview du maire de Paris sur RTL mardi 29 mai ..
PS : je cherche la vidéo ou au moins un extrait du débat de 2001 avec Philippe Séguin, si un lecteur sait où la trouver...
29 réactions à cet article
Ajouter une réaction
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
FAIRE UN DON