Le guide a couillonné Kouchner, Yade et tous les droits de l’hommiste...
Jean-François Probst a une longue carrière politique liée à celle de Jacques Chirac. En 1974, lorsque ce dernier est appelé à Matignon, il occupe le rôle de conseiller spécial jusqu’en 1978, puis réitère à la mairie de Paris. Il sera élu de Bois-Colombes au milieu des années 80. Spin doctor à la française, Jean-François Probst est l’un des rares hommes politiques qui n’exerce pas la langue de bois et pratique une liberté de ton totale. Dans son dernier ouvrage « Chirac mon ami de 30 ans » publié chez Denoël, il décrit en fin connaisseur trente ans de coulisses politiques. Il a participé à la fondation du RPR en 1976, et en sera exclus en 2000 par Michelle Alliot-Marie. Lors de l’élection présidentielle de 2007, il s’était prononcé pour François Bayrou.
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Frédéric Mazé : Jean-François Probst, trente-quatre ans que Kadhafi n’avait pas foulé le sol français. Que vous ont inspirées ces retrouvailles controversées ?
Jean-François Probst : L’espoir que ce « guide » s’intéressera plus au solaire qu’au nucléaire, plus aux droits de l’homme qu’au terrorisme, et plus à la paix et au progrès qu’à la barbarie et à la guerre. Mammouar Kadafi ira-t-il en visite officielle en Bulgarie ?
FM : Malgré tout Jean-François Probst, Kadhafi est-il enfin redevenu un chef d’Etat fréquentable selon vous ?
JFP : Certainement pas pour les Bulgares, ni pour les Palestiniens, ni pour les proches des assassinés du DC10 d’UTA !
FM : Il a été reçu de manière royale... en tout cas. Une partie du monde fête simultanément le soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme. S’agissait-il selon vous d’une erreur de casting, d’une erreur de calendrier ou, au contraire, d’un coup de génie diplomatique du président Sarkozy ?
JFP : Il s’agissait malheureusement plutôt d’un magistral coup médiatique pour le guide libyen. Il a bel et bien couillonné Kouchner, Yade, et tous les droits de l’hommistes. Il a même montré au Kaïser Sarkoco que « à malin, malin et demi ».
FM : Une poignée de main ostensible au 2e sommet UE-Afrique et cette phrase de Nicolas Sarkozy qui a fait l’objet de nombreux commentaires : « Je suis très heureux de vous recevoir à Paris » étaient-elles bien opportunes selon vous ?
JFP : Mitterrand a reçu Jaruzelski au grand désespoir du Premier ministre Fabius. Giscard, lui alla jusqu’à Varsovie « pour serrer la pogne » de Brejnev, après l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS...
FM : Des milliards de dollars pour une France exsangue, ne pensez-vous pas qu’il s’agisse d’une aubaine pour l’économie du pays ?
JFP : Il sera temps de tirer le bilan comptable, purement financier, après le compte d’exploitation et l’analyse par Mme Lagarde des éléments d’actif et de passif.
FM : Comment analysez-vous la stratégie diplomatique de l’Elysée qui s’accélère ?
JFP : Il n’y a aucune rupture par rapport à Mitterrand et Chirac.
FM : Pourquoi, selon vous, dans les mêmes conditions, le président Chirac n’aurait pas reçu Kadhafi en France ?
JFP : Il l’aurait peut-être reçu, mais durant un ou deux jours, je l’espère, comme Zapatero ou Prodi, sans se faire rouler dans la farine.
FM : Kadhafi, Poutine, des voix s’élèvent contre ces nouveaux alliés de la France : philosophes, associations, politiques s’inquiètent. Vous qui avez été conseillé du président Chirac, comment analysez-vous ces changements diplomatiques remarquables ?
JFP : Je suis gaulliste. J’ai été trente ans militant du RPR. J’ai appartenu au cabinet du ministre des Affaires étrangères de Giscard, Jean-François Poncet. Déjà, comme sous Mitterrand et Cheysson-Dumas-Védrine, c’était la même politique pro-arabe, pro-contrat et pro-pétrole.
FM : Le président de la République semble vouloir rompre, malgré tout, avec ses prédécesseurs. Il a opéré un rapprochement avec les Etats-Unis. Il semble par ailleurs reléguer le préalable du respect des droits de l’homme au second plan dans les relations qu’il noue sur la scène internationale. A-t-il raison ? Est-il encore dans la tradition française des relations internationales ?
JFP : Je fais toute confiance à Mme Ramatoulaye Yade pour exprimer le point de vue de la France. Je m’inquiète en revanche sur la capacité au droit d’ingérence du tragi-comique Bernard Kouchner. J’en suis même à penser que Kouchner est à la diplomatie ce que Tapie était aux affaires sérieuses...
FM : Sous Mitterrand, Fidel Castro avait été reçu. Il n’est pas un modèle démocrate, n’est-ce pas ?
JFP : Sarkozy a même reçu Chavez...
FM : Et un pèlerinage à Colombey-les-Deux-Églises, sur la sépulture du Général de Gaulle, aurait été la cerise sur le gâteau ?
JFP : Plutôt sur la tombe de Mitterrand, à Jarnac...
FM : Comment résumer les enjeux politiques et financiers de la visite du chef d’Etat libyen ?
JFP : Pétrole, blé pour Dassault, et victoire médiatique pour Kadhafi.
FM : Sur le plan intérieur, cette visite a suscité de nombreux remous dans la classe politique. Qui fallait-il croire : les opposants qui poussaient des cris d’orfraie en accusant la France de préférer les contrats juteux aux droits de l’homme ou ceux qui voyaient dans cette visite une ouverture de la Libye à la démocratie ?
JFP : Jean-François Copé, Ramatoulaye Yade et Jean-Marc Ayrault ont clairement exprimé une position digne. Ollier, comme d’habitude, a été ridicule et misérable ...
FM : « Malaise » de Moscovici pour l’opposition, relatif soutien de Villepin au nom de la realpolitik, critique vive de Bernard Kouchner et de Rama Yade chargée des Droits de l’homme dans le gouvernement Fillon. Que doit-on comprendre à cette cacophonie formidable ?...
JFP : ... Que Villepin ne nage pas dans les courants clairs, et que Moscovici a la mémoire courte.
FM : Rama Yade a été reçue par le président de la République pour un recadrage comme on dit. Elle réaffirme son soutien inconditionnel au président. Sa mission au gouvernement est-elle sacrifiée sur l’autel des contrats juteux ?
JFP : Nicole Gouetta et Rama Yade seront-elles élues aux municipales à Colombes ?
FM : Selon vous va-t-elle être sacrifiée lors d’un prochain remaniement ministériel ? Le mérite-t-elle ?
JFP : Je la crois très proche du Kaïser Sarkoco, notamment depuis cette burlesque équipée de Mme Yade à Aubervilliers et sa mystérieuse participation à l’imbroglio franco-tchadien à l’occasion des turpitudes de l’Arche de Zoé. Va-t-elle remplacer Raticha Dati, place Vendôme ? Les magistrats, eux, en seraient ravis.
FM : Est-on toujours en phase entre les déclarations d’intention du candidat Sarkozy et l’exercice présidentiel dans le domaine diplomatique ?
JFP : Nicolas a souvent varié, menti, trahi...et lâché... Il paraît que c’est la marque de ce que les « historiens français », genre Max Gallo, appellent des GRANDS HOMMES D’ETAT ! Il y a du Sassou (voyou), du Bongo (escroc), du Poutine (tsarine) ou du Nixon (menteur)... chez tout chef d’Etat. Pas chez notre Kaïser Sarkoco quand même !
FM : Le fantôme de Lockerbie planait sur cette visite. La Libye avait été mise au ban de la communauté internationale suite aux attentats contre un Boeing 747 de la Pan Am en 1988 et un DC10 d’UTA, en 1989. Selon vos sources Kadhafi était-il réellement le commanditaire de ces attentats ?
JFP : Oui.
FM : Le président Sarkozy annonce des contrats mirobolants, chaque semaine après chaque voyage à l’étranger. Le président commis des grandes multinationales françaises tient-il son rang de chef d’Etat ?
JFP : Wait and see...
FM : La prolifération des armes nucléaires ne passe-t-elle pas par la propagation du nucléaire civil ?
JPF : Si, bien sûr.
Propos recueillis par Frédéric Mazé, journaliste indépendant.
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