Pourquoi il faut quitter l’autoroute
Pourquoi il faut quitter l'autoroute
Dans un pays où l'autoroute maille une grande partie du territoire, il est peut-être temps d'y réfléchir à deux fois avant de s'y engouffrer systématiquement. Car les avantages prétendument acquis le sont moins qu'on ne le pense, et les inconvénients judicieusement occultés par les concessions autoroutières pour les raisons financières que l'on devine, et par l'état qui aimerait bien s'épargner l'entretien du réseau secondaire.
Sécurité : vieil argument des pro-autoroutes, je n'ai jamais vu le chiffre du nombre d'accidents et de tués au kilomètre parcouru comparativement sur réseau secondaire et sur autoroute : ces chiffres nous sont donnés sur une année, ce qui n'a aucun sens pour tout un chacun qui se contente de parcourir une distance donnée. De plus, il est difficile de rester suffisamment attentif sur autoroute, compte-tenu de la vitesse stabilisée et du déroulement continu et monotone du ruban de bitume. Pour éviter le risque, l'arrêt s'impose alors avec une conséquence évidente sur le .. temps de trajet !
Temps de trajet : Bien évidemment deuxième grand argument en faveur de l'autoroute, mais objectivement à nuancer. 1) La surconsommation de carburant et la monotonie du trajet impliquent de plus nombreux arrêts sur de longues distances. 2) Sur les zones de travaux, la vitesse se trouve limitée souvent à 90km/h, de même que lorsqu'il y a trop de trafic ou de pollution. 3) la queue aux péages, même parfois avec le télépéage et même avec les accès '30' qui ne fonctionnent pas toujours et dont le nombre n'augmente pas en proportion des abonnés. 4) les cohortes de poids lourds ralentissent le trafic sur 2 voies comme sur 3 car ils se dépassent entre eux. L'accumulation sur un même trajet de ces facteurs fait perdre une partie du temps gagné. Une fois du temps gagné, dans le meilleur des cas estimable à 20%, qu'en faisons-nous à l'arrivée … ? On nous fait toujours miroiter des durées plus courtes : tout toujours plus vite, mais au final, pour faire quoi, telle est la question.
Consommations : on consomme plus de carburant : entre 100 et 130 km/h, l'écart atteint très facilement 20%, même en tenant compte des accélérations et freinages que nécessite un trajet routier équivalent. On peut compter aussi sur une usure supérieure des pneumatiques, en raison de la vitesse élevée qui oblige la gomme à accrocher davantage le bitume, comme toute augmentation de charge. De même, le régime moteur plus élevé et trop souvent constant use la mécanique plus rapidement et/ou accélère le rythme recommandé des entretiens, car l'huile moteur est plus chaude et les frottements des pistons plus rapides. Tout ceci se paye, et d'autant plus cher si vous devez faire votre plein sur une station autoroutière où tout carburant est 10% plus cher au litre.
Un racket bien organisé : la plupart des autoroutes ont été payées avec les impôts, elles appartiennent donc aux français. Etrangement, leur vente a rapporté … à l'état, ce que l'on peut considérer comme confiscatoire ! Et il faut payer maintenant des péages, ce qui revient à payer deux fois. Un trajet autoroutier coûte aujourd'hui parfois presque autant que le carburant, il double donc la dépense. Les prix des péages sont parfois plus élevés à proximité des zones urbaines car l'autoroute y est devenue incontournable en raison de l'implantation de rond-points sur tous les trajets avoisinants et concurrents - je ne me hasarderai pas à débattre du caractère fortuit ou intentionnel de cette coïncidence.
Une qualité de service déplorable : les aires d'autoroute sont souvent lamentables, qu'il s'agisse des aires de repos aux toilettes inqualifiables, aux aires de restauration dont les prix sont exorbitants pour une qualité et un choix moyens voire mauvais, probablement dûs au racket opéré par les concessionnaires autoroutiers.
Liberté conditionnée : aucune remise tarifaire n'est accordée pour les multiples motifs de ralentissement qui émaillent un trajet autoroutier, le premier étant la fréquence et la longueur des travaux, où il faut parfois rouler aussi lentement que sur une départementale, le second étant dû au trafic : à partir d'une certaine densité les accordéons se forment inélucatblement, même sans raison apparente. On paye alors un service qui n'est pas rendu, et cette information n'est ni affichée aux péages d'entrée, ni très accessible sur les sites internet. En cas d'accident, vous n'avez plus qu'à patienter, car on ne sort pas d'une autoroute française comme ça. Et sauf situation exceptionnelle, vous paierez toujours le même prix !
Acculturation garantie : sur l'autoroute, vous voyez de temps à autre des panneaux bruns signalant une curiosité touristique locale, souvent indétectable dans le paysage car trop éloigné … et que vous ne verrez jamais. Car on prend l'autoroute pour gagner du temps, s'éviter les récriminations des enfants, bref sûrement pas pour en sortir aller faire du tourisme : aucune chance de se cultiver. Quand on vous suggère de vous arrêter, c'est bien uniquement sur les aires prévues, où parfois quelques panneaux ou videos -c'est rare- vantent les ressources touristiques de la région, donc celles que vous n'irez probablement jamais voir de vos yeux, et dont vous aurez tout oubliées à peine repartis !
Un réseau secondaire unique : la France bénéficie d'un réseau secondaire unique par son maillage, dont la qualité globale s'est améliorée ces dernières années, dont les paysages sont souvent magnifiques et qui permet d'accéder à un nombre incalculable de merveilles touristiques parfois peu connues. L'emprunter, c'est retrouver un peu de temps de vivre, faire des économies, occuper un temps de vie à partager avec ses enfants pour les émerveiller de notre patrimoine. Ces routes appartiennent à tout le monde, nous payons leur entretien avec nos impôts. Pour toutes ces raisons, ce serait idiot de ne pas en profiter, et c'est gratuit !
Ajoutons une autre note positive. Les seules autoroutes réellement intéressantes à tous points de vue sont les voies rapides, autoroutes urbaines ou péri-urbaines, à condition d'avoir un trafic suffisamment fluide, car elles permettent de diminuer le temps de parcours, parfois divisé par deux par rapport au même trajet hors autoroute, en zone urbaine ou inter-urbaine.
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