Une faute impardonnable
À trop manier le bâton …
Il m’est arrivé une curieuse anecdote qui mérite d’être narrée parce qu’elle semble symptomatique d’une époque qui a perdu la tête. Je prie les âmes sensibles de se détourner de ce récit, elles risquent de ne pouvoir s’en remettre. J’exhorte les derniers soutiens du pouvoir républicain à taire leurs protestations, insultes et autres critiques acerbes, ce qui va suivre est rigoureusement exact. J’invite enfin les citoyens courtois, aimables, débonnaires à ne surtout pas m’imiter, il pourrait leur en coûter.
J’allais donc très lentement sur un cheval vapeur sur une route parsemée de ces dos d’ânes qui transforment la circulation en épreuve pour tout le squelette des malheureux usagers de la route. Suivant une série de voitures, elles-mêmes engluées derrière un camion qui devait prendre moult précautions pour sans doute ne pas faire pâtir son chargement de la hauteur excessive et sans nul doute illégale des obstacles en travers de son chemin, j’étais d’humeur badine, ce qui causa ma perte.
La vitesse particulièrement lente fut la cause de la faute. Peinant à conserver l’équilibre, il me fallait regarder attentivement tout ce qui s’offrait à ma vue. Accroître sa vigilance est le devoir du conducteur à la condition que celle-ci soit accompagnée de discernement et de jugeote. C’est là que le bât blesse en cette terrible circonstance. Accrochez-vous au guidon ou à votre ceinture de sécurité, la suite s’annonce terrible…
Le lent convoi évoluant à la queue-leu-leu aborda alors un rond point, autre élément du mobilier urbain qui pousse comme des champignons pour justement ôter tout envie d’appuyer sur la pédale d’accélérateur ou de tourner, dans mon cas, la poignée de gaz. C’est donc en singeant la tortue de la fable que j’aperçus sur le bas côté, deux observateurs attentifs de la circulation.
Manifestement nos deux lurons s’ennuyaient ferme sous leur panoplie routière. Casqués et masqués, en une seyante tenue bleue faite de nuances délicates avec ce qui m’apparut être leur nom écrits au dos de leur blouson. Ils devaient être frères puisque portant le même patronyme, du moins c’est ce que je pensai maladroitement. Ma confusion s’explique par l’usage immodéré et égocentrique de porter son blase derrière le dos chez les sportifs de haut niveau. Comme nous abordions un stade, l’erreur était possible.
C’est alors que je sombrai dans l’incivisme absolu, le manque d’irrespect le plus condamnable, la provocation la moins pardonnable. Je ne sais si je dois vous avouer mon forfait tellement il est vil, monstrueux même dans ce contexte délétère. Pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris malgré la clarté de mon propos, il y avait sur le bas côté de la chaussée, deux motards de la police. J’eus l’outrecuidance de leur dire bonjour. Oui, je devine que vous ne parvenez pas à croire que j’ai osé agir de la sorte. Je dois vous avouer que depuis cette maudite farce du Covid, et la volonté de notre chef d’État de nous considérer en guerre les uns contre les autres, j’ai pris cette habitude de saluer mon prochain.
J’ignorais alors que ce fut devenu un crime ou pour le moins une attitude suspecte. J’entrais immédiatement dans la catégories des suspects, des ennemis potentiels d’une République en marche vers la terreur. Je fus pris en chasse par les gardiens de l’ordre et de la peur. Je dus m’arrêter plus loin pour subir un contrôle en règle, étant passé dans la catégorie du contrevenant qui s’ignore. Tout passa sous le contrôle tatillon de ces pandores qui auraient préféré un doigt d’honneur ou un crachat, réactions présentées comme normales dans les écoles de police.
Je me souvins alors d’un autre contrôle inopiné et nocturne où dans un virage et au dernier moment, un de leurs collègues avait braqué une torche en direction de mon pare-brise. Aveuglé et surtout effrayé, après m’être arrêté tant bien que mal, j’avais exprimé calmement ma désapprobation sur la procédure employée, ajoutant sottement : « Vous m’avez fait peur ! ». C’est alors que le porteur de la torche républicaine, membre qui plus est de ce qui fut autrefois un service public, me répondit : « On est là pour ça ! » Les bras m’en tombèrent et je ne parvins jamais à lui faire comprendre qu’il se trompait de mission.
Je viens de découvrir que suivant l’exemple de Castaner, ce ministre patelin, il est désormais interdit de saluer un de ses subalternes. La police veut se faire haïr désormais pour remplir au mieux ses prérogatives. Enfoncez-vous ça dans le crâne à coup de matraques si besoin. La courtoisie est hors la loi dans la France du Freluquet.
Aimablement leur.
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