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Commentaire de

sur Le « binge drinking » ou la soûlographie de l'extrême


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Halman 13 novembre 2007 11:03

« Les modes de vie changent et l’extrême est devenu une notion valorisée par la société au point que, après le saut à l’élastique, on verra bientôt des vols en chute libre en escadrilles introduits dans des »formations« pour les cadres supérieurs ! Comme s’il était utile de savoir sauter sans parachute pour gérer une société. »

Tout à fait CaDérange.

J’ai connu ça dans le vol à voile, des Comités d’Entreprise nous envoyaient des hordes de costards cravates avec attaché case soudé à la main, faire un stage de 15 jours de planeur. Avec un manager chargé de les motiver, de les faire « se dépasser ». Ingérable pendant le briefing du matin. Pathétique. Autant les stagiaires issus d’un milieu ouvrier étaient totalement décomplexés et étaient lachés solo à la fin du stage, mais les cadres à attachés case, au bout de 2 semaines, incapables de faire un simple virage à peu près correctement. Totalement figés dans leurs états d’esprits très « management », incapables de se lâcher et de troquer leur costard cravate pour un blue jeans, autrement plus adapté pour enfiler un parachute de secours. En pleine ascendance à 1500 mètres, au milieu de 20 planeurs, ça lache les commandes, ça ce retourne vers vous et ça vous demande, ultra zen : « Et maintenant qu’est ce que je dois faire ? » Et moi de rattraper in extremis une collision avec le planeur voisin ! Et moi de faire un rapport salé au chef pilote, qui transmet au comité d’entreprise, qui transmet à la drh, pour comportement dangereux et irresponsable ayant mis en danger la vie de trois personnes. Je ne pardonne jamais ce genre d’irresponsables. Quant aux femmes, impossible de leur faire mettre autre chose que leur jupe d’ensemble enarquien pour enfiler le parachute et les chaussures à talon pour marcher sur la piste en herbe et manoeuvrer le palonnier !

Alors on craque, on les laisse se démerder sur le tarmac avec le pébroque, et on décolle avec des élèves autrement plus motivés.

Et surtout ne pas s’imaginer qu’ils vont accepter de dormir au club house avec tout le monde, non non ! A 17 heures ça largue toute activité même si on continue de voler jusqu’à 20 heures, et ça fonce se remonter le moral dans un bar chic et ça finit la soirée à l’hôtel !

Et ça regarde tout le monde sortir les planeurs, les préparer et les mettre en piste, surtout ne pas aider les gens, et bien sur avec des commentaires du genre « moi j’aurai pas fait ça ! »

Et on les imagine à la fin du stage, de retour dans les bureaux, raconter leur galère insuportable, « ho là là, mais tu te rend compte il fallait qu’on apprenne à sortir de vrille mais quelle horreur, jamais j’aurai pu faire ça, mais ils sont fous ! »

Des directeurs du personnel, des directeurs de bangues, des directeurs financiers, des attachés de direction, et prepa Ena, des sup de co.

Et on va retrouver ces gens là comme nos supérieurs hiérarchiques au boulot ?

Dont certains se pavannent devant leurs collègues féminines « ah tu nous aurait vu au stage de pilotage, c’était géaaaannnt... »

Même pas foutus de faire un bête virage corectement. Humiliés par des tourneurs fraiseurs et des simples secrétaires qui s’éclatent à sortir de vrille.

Mais tellement fiers d’avoir passé une jeunesse à se saouler pour s’amuser...

Vraiment n’importe quoi.

Se saouler pour s’amuser, et il y en a qui trouvent ça tellement normal.

Moi quand je me saoule, c’est pour arroser une bonne nouvelle, pas pour oublier une formation « pénible ».

Vraiment non, les activités sportives dans les milieux naturels sont vraiment totalement incompatibles avec ces bandes de cadres sup managées pour un stage de formation de la personnalité, qui préfèrent aller se torcher à 17 heures plutot que de profiter d’un vol magique sublime au crépuscule.

Qui continuent de parler de leurs boulots administratifs de merde pendant le briefing, sur la piste en attendant leur tour de vol, en pleine nature. Grave.

On me dira mais ils ne sont pas tous comme ça, c’est un gros cliché. Non, tellement une réalité qu’on a refusé ce genre d’activité en moins de 2 ans. Nous avons réorienté nos stages vers un public plus large, plus écclectique, des artistes aux ouvriers. Avec eux au moins c’était génial. Et jamais de soirées boeuveries.

Se saouler pour s’amuser. Putain la honte.


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