Je vais essayer d’apporter un élément de réponse à la question centrale telle que vous l’avez plus ou moins exprimée : quelle mouche a donc piqué les Etats de laisser la Finance prendre le pas sur l’économie de production ?
C’est selon moi relativement simple : à elle seule l’économie de production « ne rapporte plus assez » (tout est relatif bien sûr
) !!
Examinons les marges dégagées par industrie et quelques exemples :
- Considérez les dossiers Global 500 du magazine Fortune des dernières années : vous verrez qu’en 2004, parmi les 5 industries générant les marges les + importantes figurent (sauf en 2008) les pétroliers, les labos pharmaceutiques, et toutes sortes de segments des services financiers (les banques et les chambres de compensation - comme Clearstream).
- Or, pour les pétroliers, si vous regardez les comptes de Total par ex., vous verrez qu’environ 25-30% de leur bénéfices sont dûs à leur activité de Trading (càd, de Bourse). En ce qui concerne les labos, je ne sais pas (mais je pense que c’est pareil : une partie très signficative de leur bénéfs. viennent de leurs activités « bancaires »).
D’autre part, prenez par ex. les comptes 2007 de Renault ou de PSA : vous constaterez qu’environ 30% des bénéfices avant impôt sont dûs à leurs activités de financement (càd, à leurs organismes de crédit internes), alors qu’elles ne représentent environ que 5% de leurs chiffres d’affaires. - Ces illustrations pour les secteurs industriels montrent que les activités industrielles de production sont des sources de trésorerie pour les activités financières qui dopent les bénéfices !
Les Etats, quant à eux, taxent les entreprises sur leurs bénéfices (entre autres) : plus les bénéfices sont hauts, et plus le montant des taxes perçues est élevé ! Pas la peine de continuer le raisonnement, à ce stade la conclusion vient toute seule
On peut se demander maintenant pourquoi les marges sont faibles sur les activités industrielles alors que toutes les entreprises parlent de gains de productivité. C’est probablement lié aux pressions sur les prix imposées par les acheteurs (qu’ils soient des institutionnels ou des particuliers : pour de nombreux produits, on recherche souvent le meilleur prix...)