Bref, la maladie rapporte, la santé non ! ... « Quand la médecine tue la santé » Ivan Illich,
Extraits de l’article > Médecine, santé et société : les analyses d’Ivan Illitch et de Jean-Pierre Dupuy
par Rhizome 26 août 2005 - decroissance.info -
Le texte qui suit est une fiche de lecture qui reprend 2 ouvrages : Némésis médicale : l’expropriation de la santé de Ivan Illich (1975), et L’invasion pharmaceutique de Jean-Pierre Dupuy et Serge Karsenty.
[...]
"Les anthropologues et les épidémiologues le savent
bien : les individus ne sont pas malades seulement de quelque atteinte
extérieure et accidentelle, guérissable moyennant des soins
techniques : ils sont aussi malades, le plus souvent, de la société et
de la vie qu’ils ont. Une médecine qui prétend traiter les maladies
sans se préoccuper de leur sociogenèse ne peut qu’avoir une fonction
sociale très équivoque. Au mieux, elle est une activité charitable par
laquelle le médecin occupe, outre la sienne propre, la place vide du
prêtre. Au pis, elle est une industrie qui aide les gens malades à
continuer leur façon de vivre malsaine, pour le plus grand profit des
fabricants de poisons de toute sorte.
Les maladies qu’on soigne au lieu de les prévenir ne
« paient » pas que politiquement seulement : elles font tourner des
industries parmi les plus rentables, créent des emplois donc de la
« richesse » : la croissance concomitante du nombre des malades et des
industries de la « santé » apparaît dans les comptes nationaux comme un
« enrichissement », alors que la disparition de ces industries faute de
malades se traduirait par une baisse du produit national et serait un
coup dur pour le capitalisme. Bref, la maladie rapporte, la santé non.
[...] La méga-machine médicale et les réponses d’Illich : déprofessionnaliser la médecine. (pages 208 à 210.)
Dans le meilleur des mondes, ne pas être heureux, c’est
être malade. Des thérapeutes deviennent ainsi facilement des
auxiliaires de la police et du pouvoir lorsqu’ils acceptent de traiter
les symptômes sans se demander : ces symptômes « morbides »
résultent-ils du dérèglement d’un corps ou de situation inacceptable
que la société lui impose ? Il est donc grand temps de repenser la
médecine ou, plus exactement, les déterminants de la santé et de la
maladie. Le but d’Illich est d’y provoquer.
Sa hantise, c’est qu’à la faillite de la médecine la
société et les médecins ne répondent en traitant le mal par le mal : en
élargissant encore l’appareil médical, ses compétences et ses pouvoirs,
sa capacité de contrôle social et de « médicalisation » de la vie. Pour
Illich, la seule réponse saine à cette crise est la
déprofessionnalisation de la médecine, c’est-à-dire : l’abolition du
monopole des médecins en matière de santé et de maladie ; la reconquête
par les profanes de leur capacité autonome à prendre soin d’eux-mêmes.
Selon lui, cette façon de voir n’est pas irréaliste sur le plan
technique (quoiqu’elle suppose des transformations politico-culturelles
radicales). [...]
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