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Commentaire de easy

sur Par quoi remplacer le principe du commerce


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easy easy 10 novembre 2011 15:08

Nul n’a jamais échangé un kilo de blé contre un kilo de blé.
Depuis la nuit des temps on aura échangé un fruit contre un poisson.
(Il n’y a que dans le commerce amoureux -car j’entends commerce au sens très large-que l’amoureux et l’amoureuse s’échangent et s’offrent en même temps, une égale satisfaction en particulier dans le baiser. A noter alors qu’ils s’échangent un bien dont ils ne détiennent chacun que la potentialité)

Parce que nous nous échangeons fruit contre poisson, il ressort d’une part la problématique de dépendance plus ou moins prononcée et vitale de chacun par rapport à ce produit, d’autre part le jugement bilatéralement accepté de cette dépendance qui forme alors le prix. Si le sel est très rare dans une région abondante en riz, je vais vendre un kilo de sel contre 100 kilos de riz. Et inversement si c’est le riz qui est rare.

Ce commerce est antédiluvien et ce n’est pas parce qu’en ce moment nous avons l’impression de nous retrouver dans un cul-de-sac civilisationnel que nous devons nous en prendre à l’échange de biens et services différents, au commerce.

Il suffit que nous traitions de qu’il y a de moche non dans le commerce mais dans les moyens méthodes et éthiques qui le sous-tendent.

Tant qu’on n’en était qu’au village où tout était transparent et où chacun passait sa vie sous les yeux de ses voisins avec qui il échangeait, le troc suffisait.
Dès qu’on est passé aux cités et donc aux caravanes et caravelles, chacun opérant alors de plus en plus en secret. Rien n’était plus important qu’un secret commercial. Les commerçants inventaient même des grammaires spéciales incompréhensibles aux profanes et tuaient ceux qui avaient découvert leurs passages et voies.
Je pense que l’ésotérisme dans tous les domaines est né de l’ésotérisme commercial (Citons alors les contre exemples assez exceptionnels de Marco Polo ou Guillaume de Robroeck qui n’ont jamais cherché à vivre du secret)


L’ésotérisme, la propension à créer et’ entretenir du mystère, du secret d’arrière-boutique, s’il avait connu son acmé pendant le Moyen-âge, n’a jamais été dénoncé sur le fond malgré d’innombrables demandes et règles dites de transparence, de traçabilité ou de contrôle d’Etat. Nous exigeons certains détails ontologiquesn d’une marchandise mais nous acceptons largement d’acheter une voiture sans rien savoir de l’endroit ou des conditions de sa production. C’est que fondamentalement, nous n’exigeons pas de savoir quel est le bénéfice de celui à qui nous achetons un produit. Nous payons 100€ pour écouter Pavarotti mais nous n’exigeons pas de savoir combien il gagne. Nous achetons 20€ un livre sur la pauvreté mais nous n’exigeons pas de savoir combien ça rapporte à son auteur.


Alors que le secret des comptes des commerçants n’est généralement pas un secret absolu puique le fisc y a accès, ils ne paraissent jamais aux clients pourtant très concernés. Sur les chaussures Nike, on commence à voir dans quel payselles sont fabriquées mais on ne voit pas à quel prix Nike les a payées à son sous-traitant, ni la marge de ce dernier. Sur le plan technique, ce ne serait pas très difficile d’indiquer ces choses sur les emballages mais on préfère le secret. Les produits ressortant alors purs et miraculeux.

C’est cette acceptation d’une très grande part de mystère sur les produits échangés depuis l’invention des cités, qui a permis les arnaques.

Le principe du commerce est très valable et même particulièrement humain puisque seul l’homme est capable de convenir que 100 kilos de riz peuvent équivaloir 20 kilos de sel et 5 grammes d’or.
Mais nonobstant l’apparition de la monnaie qui lui est liée, c’est le passage aux cités, aux échanges lointains (hors vue, off shore) qui a permis que s’y greffe le secret ontologique de la marchandise et donc l’arnaque.

Je rappelle qu’au Tibet, dans les villages, il y a quelques petits groupes se spécialisant dans le commerce caravanier aidé de yacks. Chacun de ces groupes, qui vise une ou deux sortes de marchandises, pratique un vocabulaire secret. Au delà de leur mérite de transporteur qui n’est pas peu de chose (ils risquent souvent des chutes) ils ressentent encore le besoin de dissimuler leurs sources et prix d’achats. La partie saine de ce commerce est dans la valeur du transport que nul ne peut contester, sa partie malsaine est dans le secret des chiffres d’achat, des bénéfices. Inversement, quand on achète des tomates à un maraîcher solitaire, des poissons à un pêcheur solitaire, tout est transparent et il n’y a aucune opportunité de tricherie.



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