Bonjour à tous. Je pense que le débat généré par cet article, et l’article lui-même d’ailleurs, rate un pan énorme des problématiques générées par cette loi. Il s’agit du droit régalien de battre monnaie. Je vous invite à lire cet excellent article d’Eric Dillies daté de 2002 dont je ne copie ici que quelques paragraphes, mais que vous pouvez retrouver dans son intrégralité ici......
B - Le droit régalien de battre monnaie
Il est de bon ton depuis la révolution monétariste initiée par Milton Friedman de reprendre le célèbre jugement de David Ricardo : " l’expérience prouve que toutes les fois que le gouvernement ou une banque ont eu la faculté illimitée d’émettre du papier-monnaie, ils en ont toujours abusé ". Pour le courant monétariste, la monnaie est chose trop sérieuse pour la laisser entre les mains des gouvernants.
Paradoxalement, cela ne semble pas heurter les monétaristes que ce pouvoir illimité ait été confié à des intérêts privés. M. Allais rappelle " que, pendant des siècles, l’Ancien Régime avait préservé jalousement le droit de l’État de battre monnaie et le privilège exclusif d’en garder le bénéfice ; la république démocratique a abandonné pour une grande part ce droit et ce privilège à des intérêts privés. Ce n’est pas le moindre paradoxe de notre époque ".
Maurice Allais a démontré de manière définitive que l’origine de l’inflation est due essentiellement à la multiplication des moyens de paiement par la création ex nihilo dans les banques secondaires, entraînant l’inflation qui a détruit l’épargne dans les années soixante-dix. Si elle n’apparaît plus actuellement, c’est à cause des politiques restrictives menées depuis 20 ans, qui ont pour but de contracter la masse salariale, donc la demande solvable, mais elle est bien présente sur les marchés financiers.
Maurice Allais propose donc l’interdiction totale de toute création monétaire à l’intérieur des banques secondaires par le taux de couvertures intégrales des prêts, et l’exclusivité de l’émission monétaire à la Banque Centrale.
C - Conséquences pour notre économie
Il est un phénomène curieux qui ne cesse d’interroger les politiques et les économistes, c’est la progression croissante de la dette publique. De 79 milliards de francs en 1975, elle est passée à plus de 5 000 milliards en 2000. Elle est concomitante à la progression des marchés financiers.
Pourtant cela s’explique très facilement. Jusque dans les années soixante-dix, l’inflation était supérieure au taux d’intérêt, donc l’intérêt réel (intérêt nominal déduit de l’inflation) était négatif et favorisait le débiteurinvestisseur face au créancier. Cela dynamisait l’économie car le poids de la dette diminue avec le temps. Sous l’influence des idées monétaristes, les Etats se mirent à lutter contre cette inflation en augmentant considérablement les taux d’intérêt, rendant le taux d’intérêt réel positif. En 1973, une loi interdit tout concours de la Banque Centrale au trésor, c’est-à-dire pour 1’Etat de créer de la monnaie.
Face à ce renversement, les entreprises virent leurs projets devenir moins rentables, voire pas rentables du tout. La longue litanie de faillites et de chômage commença. Cette politique restrictive, dite aussi de désinflation compétitive, obligea les entreprises à augmenter leur autofinancement car elles ne pouvaient plus accéder au crédit devenu usuraire, en comprimant la masse salariale et diminuant par là même la demande solvable.
Comme la nature a horreur du vide, c’est l’État, contraint et forcé, qui se substituera au désendettement des entreprises et des ménages en voyant sa dette croître de manière géométrique, entre autres à cause de la montée inexorable du chômage.
Les Etats, pris dans le piège récessif firent appel aux marchés financiers pour emprunter, alourdissant par la charge des intérêts le poids de la dette. En 1995, les intérêts de la dette représentaient 19 % des recettes fiscales, soit 72 % de l’impôt sur le revenu.
En refusant d’exercer son droit régalien de battre monnaie, l’État s’est mis à l’encan des financiers au détriment de tous. Or comme l’enseigne Abraham Lincoln, " le privilège de créer de la monnaie est le plus opportun dessein d’un gouvernement. Par l’adoption de ces principes, le besoin ressenti depuis longtemps d’uniformiser la monnaie aux besoins sera satisfait. Les assujettis aux taxes seront libérés des intérêts. L’argent cessera d’être le maître pour devenir la servante de l’humanité ".
D - Le caractère récessif de l’économie d’endettement
Il y a près de 80 ans, le Major Clifford Hugh Douglas, fondateur du « social credit movement » mettait en évidence avant la crise de 1929, par le théorème A + B, le caractère nécessairement récessif des économies d’endettement.
Chaque prix d’un bien se décompose en deux parties. L’une A, comprend les salaires et les revenus immédiatement disponibles. L’autre B, est formée des charges fixes, financières, sociales, fiscales et des bénéfices réinvestis. Elles ne sont pas immédiatement disponibles. Le prix du produit est formé de A + B, or seul A est immédiatement disponible. Donc pour acheter A + B, il faut faire appel au crédit. Et plus la production va croître et plus la dette va devenir pesante.
Tovy Grjebine, par sa » théorie séquentielle de la récession " expose="expose" dans="dans" et="et" relance="relance" de="de" la="la" crise="crise" politiques="politiques" arrive="arrive" il="il" remarque="remarque" cependant="cependant" que="que" une="une" en="en" tant="tant" les="les" agents="agents" augmentent="augmentent" leurs="leurs" production="production" peut="peut" mais="mais" quand="quand" ils="ils" atteignent="atteignent" le="le" seuil="seuil" ne="ne" peuvent="peuvent" plus="plus" aller="aller" stocks="stocks" se="se" entre="entre">
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Toute croissance économique suppose une croissance de la masse monétaire similaire. Mais il est fondamental que cette croissance monétaire n’ait pas comme contrepartie une dette.
Il est intéressant de noter qu’Aristote est hostile à toute forme d’intérêt et qu’à l’origine, la monnaie est considérée comme un moyen d’éteindre la dette [cf. notre citation d’Aristote plus haut]. .
Grjebine considère alors que seul l’État est capable de changer les contreparties de la monnaie et opérer le désendettement de tous les agents économiques par la mise en place d’une monnaie libre et franche d’intérêt, en permanence au service de la communauté.
S’il est à la fois sain et nécessaire de désendetter notre économie, M. Grjebine signale que si 25 % des entreprises le faisaient en même temps, cela entraînerait l’effondrement de l’économie par la diminution drastique de la masse monétaire.
Toutes les études démontrent que la monnaie endogène ou de crédit est nécessaire pour stimuler l’économie mais qu’elle n’est qu’un palliatif qui se révèle à terme pire que le mal. Il faut donc remplacer la monnaie d’endettement par une monnaie permanente.
E - la politique de changement des contreparties de la monnaie
Initiateur et concepteur de la proposition de loi organique 157 déposée par l’intergroupe conjoncture à l’Assemblée Nationale en 1981, Tovy Grjebine proposait de stimuler le désendettement des agents économiques par des crédits d’impôt correspondants. Ce qui, nécessairement, entraînerait l’augmentation du déficit public qui serait compensé par une injection égale de monnaie de la Banque Centrale.
Il n’y aurait pas d’augmentation de la masse monétaire mais simplement changement des contreparties de la monnaie qui assainirait l’économie et diminuerait la charge des frais financiers. L’opération pourrait être renouvelée plusieurs années de suite, elle stimulerait l’économie. Des études prospectives ont été faites en France et aux États-Unis qui donnèrent comme résultat une croissance de 5 % par an et une éradication du chômage en une législature.
Malheureusement ce projet de loi ne fut examiné qu’en juillet 1981. Le nouveau gouvernement socialiste avait pris une autre voie dont chacun se souvient des pitoyables résultats.
Avant de conclure ce chapitre et d’aborder le dernier par un aperçu historique des politiques de relance par le désendettement, je citerai cette phrase de Marcel Macaire, professeur d’économie à Nanterre : " la création monétaire par la Banque Centrale est par nature une dette sans créancier puisque l’Etat se prête à lui-même. C’est parce qu’il se croit obligé d’en avoir, qu’il emprunte à d’autres que lui-même et crée de ce fait un déficit budgétaire. C’est cette méprise - et elle seule - qui crée la dramatique situation du chômage dans laquelle nous nous débattons aujourd’hui "...........
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