Le bonheur est dans le pré, mais aussi dans la tête
J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre témoignage, ainsi que toutes les interventions qui l’accompagnent. J’en ai retenu principalement la citation suivante :« Il faut que tout le monde comprenne que dans la société que nous construisons, chacun de nous peut finir à la rue ou pire... quelques soient ses compétences et sa fortune. Nous détruisons toutes les sécurités qui nous protègent. » Tout comme vous, j’ai 58 ans, tout comme vous, j’ai déposé en 1996 le bilan de la société que j’avais créée 20 ans plus tôt, tout comme vous, j’ai eu des angoisses, des rancoeurs et une formidable overdose de la vie citadine et de mes compatriotes et je me suis installé en 2002 à la campagne, l’attentat du 11 septembre 2001 ayant été un élément déclencheur déterminant. Par contre, contrairement à vous : 1) J’ai liquidé volontairement ma société en 1996 pour ne plus être l’otage des banquiers et le pourvoyeur de fonds des organismes sociaux 2) Je me suis installé dans une région que je connaissais bien 3) J’ai été soutenu par ma femme, ma famille, mes enfants et mes amis 4) J’avais acheté ma maison plusieurs années auparavant et effectué déjà beaucoup de travaux moi-même 5) J’ai conservé mon réseau relationnel dans la métropole régionale et donc retrouvé un job immédiatement. Cette décision douloureuse (une cessation d’activité est toujours très difficile à vivre) a été l’occasion d’une totale remise en question. Après l’agitation citadine, j’ai dû apprendre à faire le distinguo entre l’essentiel et le superflu, à voir naître et se défaire les saisons, à apprécier la convivialité et la spontanéité des gens « simples » (dans le bon sens du terme), à profiter des bienfaits de la nature (les mûres, les champignons, les pissenlits, le potager...). Bien sûr, j’ai dû réduire considérablement mon train de vie, repartir à zéro et fauché, mais je n’en apprécie que plus aujourd’hui la véritable valeur des choses : discuter avec mes deux ânes ou mes canards chaque matin, voir pousser mes haricots, faire mon pain dans mon four de 150 ans comme l’ont fait avant moi les anciens du hameau, retaper un mur de pierre fatigué, composer une musique et un texte pour mon unique plaisir, écrire une page de mon 5ème bouquin que personne ne lira sans doute jamais, ajouter un trait d’humour sur un de mes deux blogs, réunir mon équipe pour préparer les municipales 2008 autour de la préservation du patrimoine et du rayonnement touristique et culturel local, créer « les chantiers du patrimoine » réservés aux allocataires du RMI de la commune... Pour moi, c’est vrai, « le bonheur et l’espoir sont dans le pré », alors que j’aurais pu sombrer comme beaucoup dans l’attentisme et le désespoir. Ai-je eu de la chance plus que d’autres ? Certainement. Cela durera-t-il ? Je suis bien incapable de le dire. Mais une chose est sûre : je ne suis pas seul et je ne ressasse pas mon passé derrière mes volets fermés à longueur de journée. Alors, passez donc un coup de badigeon dans votre arrière-cour qui en a bien besoin, ouvrez grands vos volets (c’est l’été), oubliez vos rancoeurs, occupez-vous les mains et l’esprit et souriez pour qu’on vous sourie. Vous verrez que vous reprendrez confiance en vous et qu’on vous regardera différemment. J’espère que mon modeste témoignage vous sera utile. Courage et bonne chance. PS : Un conseil d’expert : tout comme moi depuis 6 ans, cessez de regarder les étranges lucarnes. C’est très malsain pour le moral et les idées claires.
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Ubuntu, PHP, MySQL, CKEditor.
Site hébergé par la Fondation Agoravox
A propos / Contact / Mentions légales / Cookies et données personnelles / Charte de modération