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haddock 30 octobre 2007 18:13

La tolérance, du latin tolerare (supporter), est une notion qui

la tolérance sociale : attitude d’une personne ou d’un groupe social devant ce qui est différent de ses valeurs morales ou ses normes ; la tolérance civile : écart entre les lois et leurs applications et l’impunité ; la tolérance selon Locke : « cesser de combattre ce qu’on ne peut changer » ; la tolérance religieuse : attitude devant des confessions de foi différentes ; la tolérance en technique : marge d’erreur acceptable, ou capacité de résistance à une agression. Toute liberté ou tout droit implique nécessairement, pour s’exercer complètement, un devoir de tolérance et de respect.

La notion de tolérance est associée à la notion absolue de bien et de mal. La tolérance s’exerce lorsqu’on reconnait qu’une chose est un mal, mais que combattre ce mal engendrerait un mal encore plus grand.

La tolérance est donc une abstention volontaire dans le combat contre un mal identifié comme tel. Cette abstention n’est pas du tout motivée par une relativisation des notions de bien et de mal, mais au contraire par la pleine consience d’un mal qui ne peut malheureusement pas être combattu sans produire un autre mal plus grave encore.

Tolérance religieuse

La notion de tolérance est essentiellement une notion politique et juridique qui a été mise au point par la philosophie à partir des XVIIe et XVIIIe siècles, soit à une époque où sévissaient en Europe les guerres civiles dites guerres de religion (c’est-à-dire une époque où la religion était le véhicule de conflits politiques débouchant sur des guerres). Elle a été développée pour y mettre fin, en définissant les règles et conditions auxquelles la diversité des idées, opinions et croyances, pouvaient être supportées et tolérées dans une même société, sans pour autant la mettre en danger en créant des divisions incompatibles. L’auteur de référence pour la théorie de la tolérance est, d’abord, l’anglais John Locke.

La tolérance sociale est la capacité d’acceptation d’une personne ou d’un groupe devant ce qui n’est pas similaire à ses valeurs morales ou les normes établies par la société.

L’indifférence est de n’éprouver ni plaisir, ni douleur, face à ce que l’on perçoit. Il n’y a aucunement besoin de tolérance face aux choses pour lesquelles on n’éprouve pas d’émotion. Par exemple, une personne pour qui les questions de religion ne sont pas une préoccupation, ne peut être qualifiée de tolérante ou intolérante en matière religieuse.

La tolérance est généralement considérée comme une vertu, car elle tend à éviter les conflits. Ainsi Kofi Annan disait-il que « La tolérance est une vertu qui rend la paix possible. »

Dans certaines philosophies, comme la philosophie bouddhique, la tolérance est le premier pas vers l’équanimité, c’est-à-dire l’acceptation sans effort. La tolérance envers ce qui nous agresse, est un exercice à pratiquer sur soi-même.

« La tolérance est un exercice et une conquête sur soi. » - Exercice du bonheur, Albert Memmi

« L’esprit de tolérance est l’art d’être heureux en compagnie des autres. » - Les Poings sur les i, Pauline Vaillancourt

La tolérance par respect de l’individu pourrait se formuler comme :

« Je ne suis pas d’accord avec toi, mais je te laisse faire par respect des différences. »

La tolérance pour la défense d’un idéal de liberté, est parfaitement illustrée par une célèbre citation attribuée de façon apocryphe à Voltaire 1 :

« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire. »

« J’aimais l’auteur du livre De l’Esprit. Cet homme valait mieux que tous ses ennemis ensemble ; mais je n’ai jamais approuvé ni les erreurs de son livre, ni les vérités triviales qu’il débite avec emphase. J’ai pris son parti hautement, quand des hommes absurdes l’ont condamné pour ces vérités mêmes. »

La tolérance est soit un choix dicté par une conviction, soit un choix condescendant. Dans tous les cas, pour qu’il y ait tolérance, il faut qu’il y ait choix délibéré. On ne peut être tolérant qu’avec ce qu’on a le pouvoir d’essayer d’empêcher. L’acceptation sous la contrainte est la soumission.

Depuis les années 1950, la tolérance est généralement définie comme un état d’esprit d’ouverture à l’autre. Il s’agit d’admettre des manières de penser et d’agir différentes de celles que l’on a soi-même.

Il est d’autant plus difficile de comprendre un comportement (et éventuellement de l’accepter) qu’on n’en connaît pas les origines. C’est pourquoi l’éducation est souvent considérée comme un vecteur de tolérance.

Ainsi Helen Keller disait « Le meilleur aboutissement de l’éducation est la tolérance. »

Ainsi Georges Clemenceau disait dans Au soir de la pensée, « Toute tolérance devient à la longue un droit acquis. »

Historiquement, la première notion de tolérance est celle défendue par John Locke dans sa Lettre sur la tolérance, qui est définie par la formule « cessez de combattre ce qu’on ne peut changer ».

D’un point de vue social, il s’agit de supporter ce qui est contraire à la morale (ou à l’éthique) du groupe posée comme un absolu. Il s’agit principalement de réaction face à un comportement que l’on juge mauvais, mais que l’on accepte parce qu’on ne peut faire autrement. C’est donc à partir d’une glorification de la souffrance que s’établit une conception éthique de la tolérance.

Le respect de l’individu et de ses idées n’intervient qu’à partir du moment où l’on ne peut convoquer la puissance publique contre sa façon de faire et ce respect globalement n’apparaît dans le droit qu’à partir de 1948 et de la déclaration universelle des droits de l’homme.

Dans ce cadre, la tolérance n’est pas une valeur individuelle, mais un dynamisme évoluant entre la réception de la règle et l’aptitude du pouvoir à la faire respecter.

Cette notion de tolérance dépend donc de la façon dont le pouvoir conçoit sa relation à la vérité et des moyens qu’il est disposé à investir pour faire valoir cette conception.

Les débats contemporains sur l’homosexualité. Tant que la puissance publique considéra les pratiques de cette minorité comme un délit, il était facile de menacer un homosexuel de la perte de son travail ou d’organiser des chasses aux homosexuels qui demeuraient impunies[réf. nécessaire]. Depuis que le délit a disparu du Code pénal de la plupart des pays démocratiques, on respecte les individus tout en manifestant contre les projets visant à leur accorder, suivant les points de vue, soit la pleine jouissance des Droits de l’homme, soit une symétrie absolue avec l’hétérosexualité.

Le philosophe américain John Rawls, dans son ouvrage de philosophie morale A Theory of Justice (Une Théorie de la justice), établit que la tolérance est une vertu nécessaire à l’établissement d’une société juste. Mais il pose la question « Doit-on tolérer les intolérants ? ». Rawls y répond positivement, indiquant que de ne pas les tolérer serait intolérant et serait donc une injustice. Par contre il établit qu’une société tolérante a le droit, et le devoir, de se protéger et que ceci impose une limite à la tolérance : une société n’a aucune obligation de tolérer des actes ou des membres voués à son extermination.

La « Théorie de justice » fait référence à « une société juste », dont les membres seraient pour la plupart tolérants, et capable de tolérer les intolérants. On peut légitimement lui opposer « une société tolérante », ce qui implique pour chacun de ses membres, la pratique de la « tolérance mutuelle », et exclut la permissivité et l’intolérable.

Tolérance religieuse

La tolérance religieuse est une attitude adoptée devant des confessions de foi différentes ou devant des manifestations publiques de religions différentes. Exemple, l’édit de Tolérance de 1787 (France) autorise la construction de lieux de cultes pour les protestants à condition que leur clocher soit moins haut que celui des églises catholiques.

Il faut différencier trois domaines de tolérance religieuse. Tout d’abord, la tolérance inscrite dans les textes sacrés auxquels se réfère la religion. Ensuite, l’interprétation qui en a été faite par les autorités religieuses. Enfin, la tolérance du fidèle, qui, bien que guidée par sa foi, n’en reste pas moins individuelle.

Bien que chaque religion ait évolué plus ou moins indépendamment, on constate trois grandes tendances liées à trois grandes périodes de l’Histoire.

Dans le polythéisme antique (avant l’ère chrétienne), il est fréquent de constater des échanges de divinités d’un panthéon à l’autre, notamment en Europe du Nord et au Proche-Orient. On peut citer par exemple le cas de la civilisation de l’Égypte antique, pour laquelle la tolérance religieuse était un pilier (sauf pendant la période d’Akhénaton) et dont le pays a abrité, à de nombreuses époques, des temples de divinités étrangères

On ne peut parler de tolérance dans le cas du panthéon romain dont le culte se confond avec celui de la ville, puis de l’empereur à partir d’Auguste.

D’une part la religion n’est pas conçue comme une expression de la relation d’un individu à une divinité, mais comme la relation d’un individu à la société romaine où il doit s’intégrer, ou encore comme la relation d’une ville à son destin (Louis Gernet, la religion romaine, Albin Michel). Les Vieux Romains ne connaissent qu’une religio : la leur ; mais, par la suite, la culture romaine s’hellénise et s’ouvre à des cultes très différents du mos maiorum (la coutume) ; les autres cultes, s’ils ne peuvent être captés (procédure de captatio) sont considérés comme superstitio. À l’époque des apologistes, Celse témoigne qu’il ne s’agit pas, en ce qui concerne le christianisme, de tolérance comme ouverture aux valeurs d’autrui, mais de tolérance à ce qui ne détruit pas l’ordre public. Seul le judaïsme bénéficie du statut de religio licita à côté de la religion nationale. l’importation des cultes orientaux (Isis, Mithra, etc.) par les soldats romains ayant participé aux batailles orientales, représente au contraire une modification du sentiment religieux. Il ne s’agit pas d’échange de divinités mais de se considérer comme dévot d’Isis ce qui n’empêche pas la participation aux cultes urbains. En quelque sorte, le culte d’Isis se substitue aux divinités familiales chez le soldat errant. Ce n’est qu’en 311 qu’un édit de tolérance, l’édit de Milan décrète la liberté de tous les cultes.

Le monothéisme

Avec le développement du monothéisme (judaïque, chrétien, puis islamique) apparaît la notion d’exclusivité du divin.

Judaïsme : « Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face. », (Exode 20,3). Christianisme : « Je crois en Dieu, le Père Tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre. » (Symbole des Apôtres, IIe siècle) Catholicisme : en 392 Ambroise de Milan obtient de Théodose II un édit autorisant la mise à mort des « juifs, des païens, et des hérétiques ». Protestantisme : « Dirons-nous qu’il faut permettre la liberté de conscience ? Pas le moins du monde, s’il s’agit de la liberté d’adorer Dieu chacun à sa guise. C’est un dogme diabolique. », Théodore de Bèze, 1570. En cela Théodore de Bèze est un excellent témoin des 150 premières années du protestantisme qui furent tout aussi autoritaires que le catholicisme. Toutefois le tournant fut pris avec John Locke et sa lettre sur la tolérance intervenant dans le conflit entre le courant calviniste et dogmatique et les Remontrants. Islam : « Il n’est d’autre dieu qu’Allah » mais aussi pas de contrainte en religion (Coran 256/2) On comprend donc que la tolérance n’est pas une vertu intrinsèque de telle ou telle religion mais dépend du choix de ses hommes et de ses hiérarchies comme de leur capacité à s’associer à un pouvoir.

La tolérance n’a donc pas de tout temps existé. Déjà Platon, d’après une rumeur colportée par Diogène Laërce, aurait voulu brûler en place publique les œuvres de Démocrite. L’ouverture de la culture grecque aux cultures extérieures et le dialogue continuel des philosophes entre eux ont généré un climat intellectuel tendu mais propice aux échanges et à la réflexion. C’est la philosophie des lumières qui transforme ce qui semblait une faiblesse chez Augustin d’Hippone, théoricien de la persécution légitime, tel que le présentait Bossuet.

Le symbole du tournant est cette phrase de Voltaire : « je n’aime pas vos idées mais je me battrai pour que vous puissiez les exprimer ». Il se constitue alors un mouvement intellectuel luttant contre les intolérances du christianisme : « De toutes les religions, la chrétienne est sans doute celle qui doit inspirer le plus de tolérance, quoique jusqu’ici les chrétiens aient été les plus intolérants de tous les hommes. » (Dictionnaire philosophique, article « Tolérance » 7).

Le développement des Sciences religieuses dans la philosophie allemande du XIXe siècle siècle a permis la mise en œuvre d’un savoir laïc sur le phénomène religieux qui est perçu comme une menace par les religions. Tel fut l’enjeu de la crise moderniste, tel est encore l’enjeu de bien des conflits ayant à voir avec le phénomène religieux.

Les moyens de transport et de communication du XIXe siècle et du XXe siècle ont permis des échanges culturels qui ne facilitent pas autant le dialogue interreligieux. La démocratisation du voyage se fait par la méthode du voyage organisé qui permet rarement la rencontre de l’autochtone. En revanche, les échanges d’étudiants, jusqu’ici réservés aux classes supérieures des pays développés, pourraient améliorer la situation par des financement européens, tel le programme ERASME.

Du fait de la vocation de la plupart des religions à n’enseigner que ce qu’elles croient vrai désignant par toutes variantes du faux tout ce qu’elles n’ont pas exprimé elles-mêmes (méthode des épicycles coperniciens décrite pour la première fois dans le domaine religieux par John Hick dans God Has Many Names (1988) et popularisé par depuis par Régis Debray dans Le Feu sacré : Fonction du religieux, Fayard, 2003), on ne peut dire que la culture religieuse de l’Européen moyen ait grandement avancé.

La réflexion sur la vérité religieuse, pourtant bien amorcée par Michel de Certeau s.j. dans L’invention du quotidien, t. II : manières de croire n’a été reprise par aucune religion. Le croyant ignore donc le sacré des autres et exige des mêmes autres la révérence en ce que lui croit, révérence qu’il n’est pas prêt à manifester à l’égard de ses interlocuteurs.


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