Déni de guerre !
On peut dire ça, en effet.
Mais tant de choses sont déniées ou en tous cas non dites !
Le plus souvent ce n’est pas par lâcheté ou par hypocrisie qu’on ne les dit pas, mais par urbanité, par courtoisie, par diplomatie, par art de vivre. Alors non, on ne doit pas dire que chaque chose qui n’est pas dite est déniée.
Depuis la nuit des temps les gens se sont organisés au moins en groupuscules en plaçant à leur tête celui qui leur semblait le mieux à même soit de les protégers des ennemis soit d’effectuer des razzias.
Instinctivement, même un Alain Finkielkraut, même un BHL, même JF Kahn, même une Arlette Laguiller, chercheront à placer en tête un vercingétorix, un Pétain d’avant sa trahison, un Charles de Gaulle ou un Hugo Chavez si des loups venaient à traverser nos frontières.
Tant que chacun voit le spectre des loups très éloigné, le choix d’un chef ayant du mordant et une volonté de combattre reste un peu secondaire. Mais selon les personnes, leur état mental et les moments, on peut voir ce spectre se rapprocher et l’exigence martiale devient alors plus forte.
Quand ce spectre est lointain, le fait qu’un chef se soit gavé de caviar ou qu’il ait usurpé le trône peut lui faire perdre son crédit. Mais quand la menace est proche, on s’en fout de ses malversations et de ses coucheries, pourvu qu’il soit brave au combat sur le champ de bataille, pourvu qu’il nous mène à la victoire.
Quand on se sent attaqué par des loups, on exige de notre chef qu’il les tue. On ne veut plus d’un saint, d’un Gandhi, d’un Dalaï Lama on veut un Roland de Roncevaux, un Godefroy de Bouillon, un Charles de Gaulle et même un Gilles de Rais tant on attend un saigneur.
Notre évaluation permanente de notre président actuel prend en compte, même inconsciemment, ce facteur du loup. En ce moment, le facteur loup (même interne) ne semble pas intense et les Français n’acceptent pas les malversations au sommet. Mais il suffirait que la menace de loups (ou de pandémie ou de météorites) nous apparaisse soudain plus pressante pour que nous évaluions notre chef davantage sur sa capacité à les réduire (jusque là, nous aurons pris acte qu’il n’a réussi à réduire aucun de nos plus petits loups)
Nous préférons avoir un chef teigneux, mais ne se dit pas. Ca ne se fait pas de reconnaître qu’on préfère avoir un chef fort, capable de livrer le feu, de faire feu. Ce n’est pas du déni c’est de la diplomatie. Pour vivre ensemble et en paix, il faut davantage parler de paix et d’amitié que de guerre et de jalousies.
Le port d’une arme sur soi a longtemps été la règle (sous Louis XIV, il y avait un loueur d’épée pour ceux qui n’en avaient pas, à l’entrée -libre- de Versailles). Chacun pouvait donc stresser à la vue des armes des autres et on prit l’habitude de ranger les lames dans des fourreaux. Une arme ou fourreau ça a un certain sens qui peut même être très apaisant, une arme dégainée en a un tout autre (un parallèle avec le pénis dégainé ou pas, flacide ou en érection, peut être fait)
Montrer ses dents, ses armes a toujours été une problématique (certains sont même allés jusqu’à se faire limer leurs canines pour paraître moins agressif). Il a toujours fallu montrer qu’on en avait mais qu’on préférait ne pas s’en servir, tant que possible et jusqu’à une certaine limite. De tous temps, on a organisé des parades militaires en y conviant ses voisins. Inutile de dire tout l’implicite, le non-dit que cela constitue. Ce n’est pas pour autant du déni. Ce n’est pas parce qu’on ne dit pas à sa voisine qu’elle est laide (alors qu’elle l’est vraiment) qu’on est dans le déni de sa laideur. On ne le lui dit pas afin de maintenir un climat de paix, afin de ne pas provoquer de réactions vives, afin de ne pas la blesser gratuitement.
Se préparer au combat tout en prônant la paix a toujours été un paradoxe à gérer pour les dirigeants. Il y est contamment question de diplomatie et le terme, la démarche, l’action ne sont jamais niés. On porte le titre de diplomate pour annoncer clairement qu’on va travailler de la carotte et du bâton.
Là où ça commence à être limite faux-cul c’est quand on appelle son armée La Défense Nationale alors qu’on l’envoie tuer des gens en savattes à 5000 km de la Nation.
Enfin, s’il y a déni, qui le porte ?
Au niveau international et par les dirigeants étrangers, nous sommes perçus, sans aucune équivoque, comme étant en guerre en Afghanistan. Pas de déni à ce niveau là.
Par contre dans notre pays, les uns les autres, nous nous posons en non agresseurs voire en soigneurs du Monde et nous passons effectivement sous silence le fait que notre Défense tue chaque jour, avec notre argent, des gens qu’on ne connaît pas et qui ne nous ont jamais rien fait. (Nos chefs militaires répondront qu’ils n’y agressent personne et que ce sont les rebelles au pouvoir en place qui, les harcelant, les obligent à riposter)
Dans notre propre pays, il y a donc chaque jour quelques milliers de personnes qui ne parlent que du combat livré en Afghanistan et qui le réalisent pendant qu’il y en aet quelques millions qui parlent de tout sauf de ça.
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