Indignons-nous ? Oui mais passons à l’action !
Ne nous laissons pas enfumer par ces journaleux qui déplacent le débat sur le « mensonge de Cahuzac ». Comme si c’était cela l’enjeu. Un homme politique qui ment ? La belle affaire ! L’étonnant en France, ce sont des aveux aussi rapides et l’acte de contrition qui, pour le coup, nous rendrait presque sympathique le fumeux personnage. Mais comme souvent, c’est l’arbre qui cache la forêt.
Je prône une triple révolution : constitutionnelle, fiscale et écologique. Utopie ? Oui, si on examine le rapport de force. Non, si on prend en compte la nécessité du changement et surtout la crédibilité des alternatives.
Cahuzac nous rappelle que la 5ème république a instauré la tradition de ne jamais rien lâcher de ses turpitudes devant les coups de butoir de la justice. Elle, qui malgré des moyens dérisoires n’en finit plus de gagner son indépendance et donc ses lettres de noblesse. De Pasqua à Sarkozy en passant par Woerth et DSK, il s’agit toujours pour les puissants de dresser un mur entre eux et la justice à coups de procédures savantes et de protestations médiatisés. C’est leur privilège. A t-on jamais vu un petit délinquant envoyer un avocat plaider sa cause au JT de Pujadas ? Regardez des gens comme Henri Guaino et d’autres qui tirent à boulets rouges sur la (vrai) presse d’investigation et les juges ! Rendez-vous compte : un ancien président s’aperçoit qu’il n’est pas au-dessus des lois ! Une vraie révolution dans un pays où l’impunité des puissants relève d’une tradition séculaire. Aussi je pose la question : à quand la VIème république ? Un faux débat ? Dois-je rappeler que le quasi coup d’état du général de Gaulle en 1958 est né des guerres de décolonisation ? La contractualisation des relations coloniales à travers les accords de coopération et les officines secrètes ont permis le financement de la vie politique française et ont alimenté une grande partie des scandales de la Vème république . Hier la république des malettes, aujourd’hui celle de l’évasion fiscale. Il faut repenser les contre-pouvoirs donc changer de constitution. La corruption des élites ne doit pas être vu comme une fatalité.
L’affaire Cahuzac ne doit pas nous détourner de l’essentiel. La libéralisation des flux financiers à l’échelle de la planète depuis une trentaine d’année a fait que la moitié du PIB Mondial se trouvent dans les paradis fiscaux. Des trillions de dollars. De quoi largement éponger toutes les dettes et entreprendre la révolution écologique que beaucoup appelle maintenant de leur vœux. Pour les gouvernements européens, ce n’est évidemment pas à l’ordre du jour, du moins tant que les populations de l’Europe du Sud plieront l’échine devant la violence des politiques d’austérité. Et tant que chez nous, les masses populaires penseront qu’il suffit de fermer les frontières, de désigner les plus faibles comme boucs-émissaires et croire que le retour à l’état nation nous mettra à l’abri des turbulences mondialisées.
Je prône la stratégie du judoka. Hier, les peuples colonisés ont fait plier les colonisateurs en retournant contre eux leurs propres armes : le droit et l’idéologie humaniste. Aujourd’hui, comme pour les printemps arabes, il nous faut utiliser les réseaux sociaux que les puissances de l’argent nous ont mis dans les mains pour faire de nous des consommateurs dociles. Il faut s’en servir au niveau européen pour faire levier et fédérer une vaste insurrection populaire qui n’aurait qu’un seul but : la révolution fiscale. Certes, ce n’est pas très sexi mais ça a le mérite de la clarté. Ce faisant, nous nous donnons les moyens de faire plus par la suite. La grosse faiblesse de l’alter-mondialisme, c’est son côté auberge espagnole ! Comment fédérer dans une telle cacophonie alors que quasiment tout le monde est d’accord pour dire que les puissances financières nous tuent !
Par révolution fiscale, j’entends par là taxer les capitaux et non plus le travail, comme le préconise de nombreux économistes. Donc fini les impôts directs sauf pour les boursicoteurs. L’idée intéressante est qu’on n’interdit pas la spéculation. On la régule et on la taxe. Abattre le capitalisme est hors de portée et surtout les alternatives se sont autodétruites. Puisqu’on ne mettra pas fin à la cupidité de l’homme, il faut dompter les forces de l’argent. Par la fiscalité, on les met au service du bien commun, de gré ou de force. Et on libère les forces du travail ! Amis chefs d’entreprise et entrepreneurs, les « vrais » , ceux qui emploient et participent à la production de vrais richesses, entendez ce message. Au lieu de geindre, de vous plaindre à tout va, de penser à tort que tout le monde vous déteste, prenez le flambeau de la révolution fiscale ! Portez le haut ! Vous aurez plus de poids pour vous faire entendre que les travailleurs, les petits ou même les intellectuels que le pouvoir méprise. Vous gagnerez respect et liquidités ! Ainsi que vos salariés. Un état fort, légitime et assaini, fut-il inséré dans une fédération européenne, est seul capable de soutenir l’activité économique. Il n’y a que les prévaricateurs de la haute finance qui devront sacrifier quelques pourcentages de leur énorme pactole. Et savez-vous combien rapporterait un taux d’imposition à un chiffre sur la globalité des transferts de capitaux ? Cela laisse rêveur ! C’est ce qu’on aurait dû exiger lors du renflouement des banques. Au lieu de ça les états ont préféré faire exploser la dette interne et faire porter l’effort sur ceux qui ne sont pour rien dans la crise financière : le peuple. C’est tout simplement insupportable !
Si le principe est simple, en revanche, la bataille à mener est très rude. Le système à abattre est puissant, quasi intouchable du fait de sa complexité systémique. Nous y participons tous à notre niveau et c’est bien pour ça que nous n’osons pas y toucher. On a peur d’y perdre nos maigres privilèges. Nous sommes tous lâches ! Homme politiques, faiseurs d’opinions, consommateurs, agents économiques… Quand j’ai rencontré le philosophe Camerounais Kangue Ewane, il avait eu cette image saisissante : « l’homme occidental nage dans une mélasse que chacun de ses mouvements épaissit ». Il est temps de se dégager de la mélasse. Ne nous trompons pas d’ennemis. Je pense sincèrement que le nerf de la guerre est la fiscalité et les paradis fiscaux.
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