C’est effectivement comme vous dîtes la comparaison entre N et N-1, c’est le principe de l’utilité marginale décroissante. Pour le reste, impossibilité de comparer les utilités interpersonnelles, agencement ordinal en focntion de notre propre échelle de valeur. Je pourrais même rajouter approche axiomatique normative contre toute forme d’empirisme...tout ce discours emprunté à Mises, Rothard, Any Rand, Hoppe et j’en passe, je pouvais moi-même le tenir à mes propres étudiants en économie lorsque j’étais chargé de cours, tant j’étais très influencé par tous ces auteurs et toutes ces idées.
Pour autant toutes ces idées très riches intellectuellement ont une conséquence : déligitimer toute intervention de l’Etat dans l’économie et la société.
J’ai adhéré à cela à une époque. Mais j’ai eu un vrai choc en allant aux Etats Unis en surtout en Grande Bretagne, qui ne sont pas des pays de l’idéal libertarien, je vous l’accorde. Pour autant ils ont insuflé des politiques libérales bien plus prononcées que chez nous. En passant du temps en Grande Bretagne et en visitant avec des amis acteurs sociaux dans ce pays, les régions où ne vont jamais les touristes (et même les anglais aux-mêmes), j’ai pu mesurer les conséquences humaines parfois dramatiques d’un libéralisme trop idéologique sur une société désormais profondément fracturée, que même le réinvestissement public depuis les années Blair n’a su corriger. Cela m’a fait sortir le nez de mes bouquins de l’école autrichienne et m’a obligé à reconsidérer toute la logique du raisonnement économique qui a conduit à cette situation. Y compris à réfléchir à nouveau sur les fondements épistémologiques.
Tous ces penseurs restent toutefois intéressants sur les effets pervers d’un interventionnisme de l’Etat. J’ai eu aussi grand intérêt à rencontrer Hernando de Soto qui a su aider les plus pauvres à sortir de la pauvreté par son approche originale du capital mort, et qui mériterait sans doute le prix nobel.
Toutefois, je suis aujourd’hui un pragmatique et non un idéologue, c’est ce que je reproche beaucoup aux libéraux et libertariens. Pour eux peu importe les conséquences, notamment humaines, seul compte le respect de la logique rationnelle du raisonnement économique qui pour eux est forcément vrai, « apodictiquement vrai » selon l’expression chère aux autrichiens.
En tant qu’être humain et en tant que chrétien, il y a des limites que ma conscience ne peut supporter, sauf à chercher à justifier l’injustifiable.
Bien cordialement
Christophe Arvis