Sans vouloir revenir sur les réactions, diverses et variées, je voudrais cependant faire quelques remarques. D’une part, l’article introduit certains aspects techniques qui ont à faire avec la vision de l’Etat Major iranien, très évolutive. La guerre Iran-Iraq, conduite sur fond de purges et de méfiance sur l’hiérarchie militaire de la part du pouvoir, a été une guerre de frontières, bloc contre bloc, statique et comparable à la première guerre mondiale et ses tranchées. Cela a été un désastre et tout le monde en Iran en a conscience. Deuxième élément, la supériorité aérienne américaine et le faible maillage défensif/radar. Là aussi, l’Iran a cherché des solutions que j’énumère (fibres optiques, transformation des avions de combat en une sorte d’AWAKS, piratage de satellites commerciaux etc.). Enfin, et c’est le plus important, Téhéran penche pour des « réactions disproportionnées » à toute attaque et démultiplie les cibles potentielles hors de son territoire. Pour ce, elle pense à des actions militaires conventionnelles et à d’autres qui le sont moins. L’Iran a un atout en ce moment : la proximité des cibles, l’obligation des Américains de protéger leurs propres alliés et leurs troupes (Iraq, Afghanistan, pays du Golfe) ainsi que les cibles économiques évidentes.
Contrairement aux idées reçues, la vision militaire iranienne est moderne et en contradiction totale avec le discours « officiel religieux ».
Bien entendu, nous ne sommes pas à la veille d’un conflit majeur. L’article se voulait « technique » et indiquait que les hésitations de la communauté internationale à « passer à l’acte » sont aussi bien le résultat d’une logique cohérente de défense de la part de l’Iran, que des actions diplomatiques et économiques neutralisantes que mène ce pays dans son environnement proche (Russie, Chine, mais aussi Europe). Contrairement à l’Iraq, l’Iran communique et fait connaître ses positions, en direction aussi bien de ses « amis » que de ses « ennemis ». On pourrait parler d’une « dissuasion à l’iranienne », qui, pour être crédible ne cache pas ses faiblesses ni ses intentions.