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Commentaire de Philippe Aigrain

sur La réglementation foncière, source de la crise du logement


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Philippe Aigrain Philippe Aigrain 1er décembre 2007 12:50

Tout d’abord, il faut savoir saluer le fait q’un défenseur de positions avec lequel on est en désaccord argumente avec brio. Cela force à revoir et étayer des arguments qu’on considérait acquis, et peut conduire parfois à changer d’avis.

Je n’en suis cependant pas encore à cette dernière extrémité sur deux points clés de votre exposé : la négation du lien étalement urbain / augmentation des déplacements et transports routiers non collectifs et le rôle réel et possible des politiques publiques.

Je retiens bien de votre analyse qu’il peut être préférable d’encourager la disponibilité de logements de qualité et abordables en périphérie proche plutôt que de pousser ceux qui recherchent des logements à aller toujours plus loin. De nombreux urbanistes l’ont reconnu depuis longtemps, mais ils le formulent de façon très différente de la votre. Ils n’appellent pas à un étalement urbain en grande périphérie mais à une densification de celle-ci dans des formes rejetant la dichotomie pavillonaire / barres (combinaison de petits collectifs et d’ensembles de maisons individuelles mitoyennes). Certaines villes allemandes ont mis en oeuvre avec succès ce type de politique dans un contexte par ailleurs marqué par un étalement urbain explosif. Mais surtout, je ne suis en rien convaincu par vos affirmations concernant le bilan environnemental de l’étalement urbain. Sur la base du point du vue d’un seul expert, sans citer les sources précises pour permettre de vérifier ce qu’il dit vraiment (voici quelques sources : http://www.predat.net/documents/Compterenduinterventioncomby.pdf, http://www.cnis.fr/agenda/CR/CR_0382.pdf) vous affirmez que l’étalement urbain ne serait pas autant responsable d’augmentation du transport individuel qu’on le dit. Or si Comby insiste bien sur l’existence d’autre causes à l’étalement urbain que celles habituellement évoquées, il y liste en premier lieu l’évolution des pratiques de déplacement automobiles et en second l’étalement urbain de l’immobilier d’activités en particulier commercial.

Les études sur l’impact de l’étalement urbain concluent que celui-ci est bel et bien un facteur considérable d’augmentation des déplacements automobiles, en liaison avec d’autres phénomènes qui y sont associés (urbanisme commercial, étalement des zones d’activités. Voir par exemple l’étude de la DIRENE pour la région Nord Pas de Calais (http://www.nord-pas-de-calais.ecologie.gouv.fr/article.php3?picto_theme=oui&theme=oui&id_article=329#3). A une échelle plus grande, voir les études de l’Agence Européenne de l’Environnement (résumé à http://reports.eea.europa.eu/briefing_2006_4/fr/eea_briefing_4_2006-FR.pdf) qui constatent l’abandon au marché de l’évolution du foncier et recommandent des politiques de structuration des marchés par les politiques publiques. Une des affirmations de Comby est que la crise du petrole ne suffira pas à limiter l’étalement urbain parce qu’il y a une grande élasticité de l’adaptation des comportements de transport aux prix, ce qui reconnait en fait bel et bien la liaison étalement urbain/déplacements automobiles accrus. Au Canada, des études ont permis de constater que l’étalement urbain n’est pas seulement facteur d’un usage considérablement accru des déplacements en voiture, il entraîne une augmentation considérable de l’obésité et d’autres problèmes de santé associés.

Par ailleurs, au-delà du pinaillage sur qui assure en droit ou en fait les permis de construire (il me semble que Céline Ertalif n’est pas complètement incompétente sur le sujet), il est certain qu’il y a eu une négligence importante des politiques publiques par rapport aux enjeux. Notamment il y a un échec de coordination entre les différents niveaux territoriaux des plans d’aménagement, ce qui fait que - laisser-aller des DDE ou volonté des maires d’attirer de nouvelles populations - on a laissé la péri-urbanisation en très grande périphérie se développer follement. Je retiens donc également de votre exposé qu’il est important de penser à l’ensemble des échelles urbaines et pas seulement sur l’une d’entre elles.

Enfin, si la réglementation des loyers a effectivement démontré qu’elle pouvait avoir des effets pervers sur l’offre locative, la réglementation des prix du foncier ne souffre pas de ce défaut.


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