@ Gazi Borat
Il n’y a pas eu de « christianisme des lumières », pas plus que d’« islam des lumières », c’est évident, puisque les Lumières européennes se sont construites en réaction à l’obscurantisme scholastique de l’Eglise. Mais la situation est plus complexe que cela. La pensée islamique majoritaire s’est un temps nourri de l’hellénisme, qu’elle a fait redécouvrir à l’Europe par le biais de ses conquêtes à une époque où la théologie chrétienne était enlisée dans des discussions byzantines sur le sexe des anges. Mais dès le XI-XIIe siècle, elle a fini par rejeter cet héritage hellénistique parce qu’il a été considéré comme trop étranger aux fondements de l’Islam... qui a alors basculé dans son Moyen-Age à lui.
Si les Lumières sont apparues en Europe chrétienne, c’est du fait de la fécondation mutuelle entre l’humanisme et de la laïcité explicite (« Rends à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ») du message évangélique (débarrassé de ce qu’en a fait l’Eglise, qui l’a trahi), et de la pensée philosophique rationnelle hellénistique. Pourquoi la greffe a-t-elle pris sur le corpus évangélique, et pas sur le corpus coranique ?
Car les Lumières, si elles ne sont certes pas chrétiennes et en tout cas pas du tout ecclésiales (et même anti-ecclésiales), sont bien nées dans un « terreau » culturel et intellectuel structuré par le christianisme dont la fécondité a permis l’émergence des Lumières et plus tard de la laïcité.
Il n’y a pas de message humaniste ni d’expression de la séparation entre le politique et le religieux dans le Coran. C’est même exactement le contraire. Ceci n’explique-t-il pas l’effondrement intellectuel de l’Islam depuis 800 ans ?
Pour que les choses soient bien claires, je ne défends pas le christianisme en tant que religion (je suis agnostique et j’estime que toutes les religions sont des entreprises de soumission par le biais de l’irrationnel), je me borne à constater que sur le christianisme, la greffe hellénistique a pris, et pas sur l’islamisme. Il doit bien y avoir une raison structurelle. Rien ne naît de rien, et il est des terres stériles où rien ne peut germer.