Merci pour votre analyse : ça fait du bien en ces temps de mépris-politiquement-correct-anti-Fabius...
Je ne partage pas tout ce que vous dîtes, notamment s’agissant de Jospin, mais aujourd’hui, il y a du courage à ne pas hurler avec les loups et surtout à ne pas bêler avec les brebis, comme ce pauvre Demorand a cru bon de le faire sur Inter ! Au passage, bonjour la « différence »...
Il faut redonner du sens à la parole politique, à la décision, à la conviction, au lieu de les nier dans une exaltation court-termiste et démagogique du bon sens populaire. « Le peuple a toujours raison », « les citoyens sont les meilleurs experts de ce qu’ils vivent » : tout ça c’est du blabla de foire dont l’histoire a montré qu’il pouvait conduire aux pires extrémités. L’intérêt général ne se définira jamais comme la somme des intérêts particuliers et ce n’est pas en flattant les besoins de l’individu qu’on touchera à l’idéal. Badinter en sait quelque chose, lui qui a donnné ses lettres de noblesse à la politique en bravant une opinion publique favorable à la peine de mort. Ségolène Royal, reine des sondages mais esclave de l’opinion, ne se rend pas compte qu’elle scie la branche sur laquelle elle est assise...
Cette conscience, je crois que Fabius l’a et qu’il a toujours eue, même si on peut lui reprocher un parcours atypique. S’il doit rester quelque chose du terrible procès du sang contaminé par exemple, c’est bien que Fabius a été le fer de lance avant l’heure de la lutte contre le sida. Qui le rappelle aujourd’hui ?
Cette vision, vous avez raison, s’est retrouvée dans le débat sur le Traité constitutionnel, et avant cela sur la laïcité, et aujourd’hui sur le pouvoir d’achat. Ceux qui y voient de l’opportunisme n’ont rien compris : Fabius démarre toujours en rase campagne, dans cette solitude qui est aussi celle du pouvoir. Une preuve supplémentaire qu’il en la carrure.