Ce n’est pas non plus la fin du monde. Ce sera juste un retour à l’économie réelle où la finance ne fabrique pas d’argent et où l’on ne dépense pas plus que ce que l’on a. Mais en attendant, il y aura une période bien grise consacrée à "éponger la bulle".
Comment s’en protéger ? Il faut distinguer entre ce qui aurait permis auparavant d’éviter la bulle, et ce qui permettrait maintenant d’atténuer les conséquences de son éclatement.
Ce qui aurait permis de l’éviter, c’est la régulation. Il aurait fallu imposer l’application des ratios prudentiels sur une base sérieuse, y compris pour les produits exotiques. Cela aurait pu impliquer d’interdire les produits dérivés pour lesquels on ne disposait pas de méthodes prudentielles consensuelles. Et pour appliquer cela, il aurait fallu interdire l’offshorisation totale de la finance, c’est à dire la liberté absolue de circulation des capitaux, c’est à dire instaurer une sorte de contrôle des changes. En gros, il aurait fallu imposer de la lourdeur et de la viscosité à un système financier qui pétillait un peu trop.
A posteriori, la question se pose différemment. La dette étant excessive, il y a deux issues possibles : soit on l’annule, soit on annule la monnaie dans laquelle elle est libellée. Dans le premier cas, on ruine les banques et fonds. Dans le deuxième cas, on ruine les citoyens. Je sais ce que choisiront les gouvernements. Mais si l’on voulait appliquer la première méthode, la question se pose quand même de savoir dans quelle mesure une faillite générale de banques ne serait pas préjudiciable à l’économie et jusqu’où on pourrait aller. Je n’ai pas de réponse simple.
Dans le cas particulier français, nous morflerons un peu de toutes façons à travers nos exportations vers des pays qui seront certainement sinistrés comme l’UK, mais ce n’est pas déterminant. Tout dépend de ce que fera l’Allemagne. SI elle s’entête dans sa politique de "désinflation compétitive" qui nous empêche d’y exporter, nous n’aurons plus de planche de salut. Si en revanche elle ouvre un peu le robinet salarial et que Sarkozy ne le ferme pas chez nous comme il a l’air parti pour, alors le vieux "moteur franco-allemand" pourrait repartir et stabiliser un peu l’UE.
Si chaque pays joue comme l’Allemagne actuellement de stratégies non-coopératives, alors sera très forte la tentation du protectionnisme, que j’ai citée dans chaque article macro. Le protectionnisme était la meilleure solution avant la crise. Si par contre on l’applique au plus fort de la crise et dans un système totalement non-coopératif, ce sera l’étincelle qui mettra le feu aux poudres, et là on pourra vraiment avoir peur.