Un petit détail semble vous avoir échappé, cher asinus Rex, à propos du tutoiement chez les anglo-saxons :
" Thou hast it now, King, Cawdor, Glamis, all,
As the weïrd women promised, and I fear
Thou play’dst most foully for’t :yet it was said
It should not stand in thy posterity,
But that myself should be the root and father
Of many kings.(...)"
Ainsi s’adresse Banquo à Macbeth, pratiquant un tutoiement aristocratique, réservé aux rois et aux grands, tutoiement que l’on trouve aussi dans les bibles de langue anglaise et qui, lui, est réservé à Dieu. De même, à propos des Grecs, faut-il vous rappeller qu’on ne trouve aucun vouvoiement chez Homère, ni dans aucun auteur antique ? Alors, vulgaires Homère et Shakespeare ? vulgaires Sophocle et Echyle ? Je ne crois pas. Mais c’est votre droit le plus stricte de les considérer tels, si celà vous chante. D’ailleurs, il paraît que notre "charmante" époque a vu naître une émission qui s’intitule "c’est mon droit". Haha "c’est mon droit" qu’ils disent tous ces braves gugusses. "C’est mon droit", n’entendez-vous pas, mon cher asinus Rex, mugir la petite chansonnette de toute une génération de gavés ataviques : "c’est-mon-droit". Alors pourquoi pas vous ? Le "grand méchant" vous n’attend plus que vous : vous êtes un mystique de la chose... Il vous offrira cette respectabilité verbale qui plait tant aux idiots et qui ne mange pas de pain. Moi aussi,cher asinus Rex, je vouvoie et je joue au puceau effarouché, mais c’est par pure convenance et dans l’espoir sans cesse renouveller d’accéder aux privautés radieuses du tutoiement. Car le tutoiement c’est déja les trois quarts des fringues ôtées et le string à portée de main... Le meilleure moment pour lacher un peu Shakespeare : " Thou hast it now, king" ( Roi, tu as maintenant tout).