@Argoul,
Votre propos rejoint donc celui d’Habermas : Au lieu d’imposer à tous les autres une maxime dont je veux qu’elle soit une loi universelle, je dois soumettre ma maxime à tous les autres afin d’examiner par la discussion sa prétention à l’universalité. Ainsi s’opère un glissement : le centre de gravité ne réside plus dans ce que chacun souhaite faire valoir, sans être contredit, comme étant une loi universelle, mais dans ce que tous peuvent unanimement reconnaître comme une norme universelle.
Par contre concernant le fait qu’il n’y ait que dans les pays socialistes que le parti décide de tout est quelque peu incomplet. Les règles économiques mondiales ne sont pas soumises à discussion ; elles sont imposées et nous savons tous qu’elles émanent des pays riches, principalement occidentaux, qui sont censés être des démocraties ou des républiques, au nom d’un libéralisme qui n’en porte plus que le nom.
Nous sommes d’accord sur le fait que certains libéraux se sont appropriés l’économie comme outil de développement du libéralisme. Nous pourrions émettre une première remarque : l’économie a pour vocation à ne s’intéresser qu’aux hommes solvables ; leurs hypothèses le confirment ; ce qui met en évidence que la liberté est déjà tronquée pour une partie du genre humain.
Comme je vous l’ai signalé précedemment, et c’était le sens de mon intervention, l’économie néoclassique (je prends uniquement celle qui s’applique de nos jours) a un besoin essentiel des sciences et de la technique ; elle a poussé à la sacralisation de ces domaines en les rendant autonomes. D’un point de vue économique, ces domaines sont supérieurs au genre humain ; la sacralisation a pour but de rendre dépendant l’homme de la technique et non de permettre à l’homme une maîtrise totale sur ces domaines.
Pensez-vous sérieusement que l’outil soit approprié pour développer la liberté ? Pouvons-nous développer la liberté en imposant des entraves ? Bien sûr, cela ne signifie pas qu’il faut sombrer corps et âmes dans des idéologies qui ont montrées leurs limites ; mais bien qu’il faut rompre avec une idéologie qui ne nous mène nullement au libéralisme sous couvert d’arguments fallacieux.
En revenant aux propos d’Habermas, il me semble bien qu’il mette en évidence une véritable notion propre au libéralisme ; l’universel ne peut se construire que sur les compromis de singularités. Il est plus aisé, de nos jours, d’imposer l’universalisme, écrasant de fait les singularités rétives. Nos philosophes comtemporains ne font-ils pas état que le XXème siècle met en évidence l’échec de l’émancipation ?