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Commentaire de onegus

sur Agression antisémite ou tensions entre communautés ?


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Onegus onegus 25 juin 2008 04:21

 Bon éclairage du Monde :

 

La rue Petit, son ennui et ses bandes
LE MONDE | 24.06.08 | 09h47 • Mis à jour le 24.06.08 | 09h57

Il a 15, 17 ans tout au plus. Casquette vissée sur le crâne, la visière sur la nuque, il est appuyé contre la rambarde devant le numéro 38 de la rue Petit, dans le 19e arrondissement de Paris, juste en face du square où, samedi 21 juin, le jeune Rudy H., 17 ans, a été tabassé. Comme souvent, quand il y a de la bagarre, Moussa (son prénom a été modifié), jeune habitant du quartier d’origine africaine, était aux premières loges. Surtout "vers 15 heures, quand ils sont arrivés à 30 ou 40 pour taper".

"Ils" ? La bande du haut. Celle constituée de jeunes juifs qui "squattent" souvent vers le croisement de la rue Manin et de la rue Crimée. Le samedi, jour de shabbat, ils n’ont pas grand-chose à faire. Ils ont pris l’habitude de se réunir dans ce coin, d’aller et venir en scooter. Voilà plusieurs semaines que les deux bandes se cherchent, s’insultent, "se regardent mal" et finissent par en découdre. On se toise à coups de "sales gaulois ou sales feujs" contre des "sales renois" et puis on finit par se lâcher, à coups de poings, de pieds, de matraques ou de couteaux.

Il y a une quinzaine de jours, on s’est expliqué à coup de barres de fer, ramassées sur un chantier. Plus personne ne sait trop pourquoi. Par miracle, il n’y a pas eu de blessés graves, mais trois jeunes ont été embarqués par la police et placés en garde à vue pendant quelques heures, avant d’être remis en liberté.

Samedi 21 juin, il n’y a même pas eu d’insultes. Cela a dégénéré comme ça. Une fois de plus. Selon plusieurs témoignages, il s’agirait d’une histoire de scooter, avec laquelle ni Moussa ni ses copains n’avaient quelque chose à voir. Au premier assaut, en début d’après-midi, ils ont été surpris, d’autant, raconte l’adolescent que "les autres avaient des barres de fer et des couteaux", ce que l’enquête n’a pas encore vérifié.

Le reste de l’après-midi n’a été qu’une succession de courses-poursuites, rythmées par des escarmouches plus ou moins violentes – "en une heure y’a eu trois ou quatre bastons", se souvient Moussa. Rudy a failli mourir, mais cela n’a pas l’air d’affecter cet adolescent plus que cela. Moussa n’a aucun remord. En tout cas, il n’en montre rien. "Celui qu’on a eu, c’est parce qu’il n’a pas réussi à s’échapper", dit-il. Moussa ne le connaissait pas particulièrement. 

D’ailleurs à l’en croire, il n’était pas avec le groupe qui a roué de coups Rudy. "De toute façon, affirme-t-il, ça n’a rien à voir avec des histoires de juifs. Qu’il le soit ou non, ça n’aurait rien changé." Il fallait se venger de la descente de l’après-midi, un point c’est tout. "Aujourd’hui, ils veulent se faire passer pour des victimes, alors que cette fois, c’est eux qui ont commencé", s’agace-t-il.

"DEPUIS PLUSIEURS MOIS, DES PHÉNOMÈNES INQUIÉTANTS"

Des "bastons" comme celle du 21 juin, il y en a toutes les semaines dans ce quartier du 19e arrondissement, situé au bas du parc des Buttes-Chaumont, dans un triangle de quelques centaines de mètres entre les rues Crimée, Manin et Darius-Milhaud, à cinquante mètres de la mairie et vingt-cinq du commissariat central d’arrondissement.

"Il y a aussi des bandes des autres quartiers du 19e qui viennent par ici. C’est pas des juifs et pourtant ça chauffe aussi avec eux", se défend Moussa.

Rudy H. n’est pas d’ici. Il vit avec sa famille à Pantin, juste de l’autre côté du périphérique, à quelques centaines de mètres de là. Pourtant, Leïla et Shannia en sont sûres, "il traîne souvent dans le quartier avec trois ou quatre copains à lui". Ces deux gamines, elles, ont 14 ou 15 ans, et ne participent pas aux bagarres, mais elles ne sont jamais très loin.

Dans ce quartier de Paris, peuplé de familles d’origines et de confessions diverses, les tensions entre jeunes ne datent pas d’hier. "Elles sont plus ou moins récurrentes", indique Mao Péninou, maire adjoint (PS) chargé de la sécurité. Mais, admet-il, "on relève depuis plusieurs mois des phénomènes inquiétants". Outre les trafics de drogue et les phénomènes de délinquance, l’élu observe un accroissement du communautarisme, "tant parmi la communauté juive" – la plus importante de la capitale – qu’au sein "de la communauté maghrébine".

Parfois, le réflexe communautariste se traduit par un repli évident, "surtout chez une minorité de juifs très pratiquants", estime l’élu. Il y a selon lui, au sein de cette communauté, quelques membres actifs et radicaux qui se réclament de la Ligue de défense juive, une organisation connue pour ses positions extrémistes. Toutefois, "une partie de la communauté juive du quartier a toujours exprimé des plaintes ou des inquiétudes", relève M. Péninou.

Ces derniers mois, la tension est montée d’un cran. Une tension qui semble concerner essentiellement les jeunes. Plusieurs habitants du quartier parlent de "haine", palpable de part et d’autre. Antisémitisme ou simples rivalités de territoire, ou trafics, entre groupes d’adolescents ? "C’est de la haine gratuite contre les juifs", martèle Michel Bouskila, responsable du conseil de la communauté juive du 19e arrondissement. "Les jeunes juifs qui portent la kippa sont pris à partie quand ils sortent de la synagogue ou quand ils s’y rendent. On vit dans une insécurité constante", déclare-t-il, tout en dénonçant "le laxisme de la police"

Selon lui, celle-ci multiplie les altercations contre les jeunes juifs et laisse filer les Africains. M. Bouskila veut voir "des manipulateurs islamistes présents dans les cités" derrière ces affrontements. "Comme en 2002, après le déclenchement de la deuxième Intifada, des responsables musulmans tentent d’importer en France le conflit israélo-arabe", clame-t-il.

CLIMAT DE MÉFIANCE

Jean-Yves Camus, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), bon connaisseur du monde juif, développe une analyse proche : "Le drame de samedi est le point culminant d’une tendance ancienne. En 2007, le 19e arrondissement arrive en tête des quartiers touchés par les actes antisémites : 25 contre 8 dans l’arrondissement voisin du 20e." 

Mais Haïm Nissenbaum, le rabbin de la synagogue loubavitch de la rue Petit, ne partage pas cette opinion. "L’atmosphère n’est pas survoltée. Il y a bien des insultes, des prises à partie dans la rue, mais rien de grave jusqu’à ce samedi, a-t-il déclaré au Monde. Le parc des Buttes-Chaumont est devenu un rassemblement des jeunes juifs désœuvrés pendant le shabbat. Ce sont des jeunes branchés, pas forcément religieux, mais qui s’inscrivent dans une forte revendication identitaire." 

Au même endroit, ajoute le rabbin, "se rassemblent des jeunes d’origine africaine et maghrébine et chacun tente de défendre son territoire", comme cela se produit en banlieue.

Parmi les habitants appartenant à la communauté juive, les réactions diffèrent. Un homme, qui arbore chapeau noir et papillotes, assure qu’il n’a jamais été interpellé et encore moins agressé. Un autre se dit au contraire "angoissé" lorsqu’il va à la synagogue, la tête recouverte de sa kippa.

Au-delà de ce climat de méfiance, reste un constat : depuis trois ou quatre semaines, deux bandes d’adolescents, l’une formée de juifs, l’autre d’Africains, se disputent le pavé de ce coin de Paris. Aux dires de tous, ces quelques dizaines de voyous empoisonnent la vie des habitants. Juifs et non-juifs. Noirs, Blancs et maghrébins confondus.

Début juin, Jean-Jacques Giannesini, conseiller de Paris (UMP) du 19e, s’en est ouvert au préfet de police, Michel Gaudin. Cet élu de l’opposition municipale déplore le manque de policiers dans un secteur de la capitale qui est, selon lui, "gangrené par les voyous trafiquants de drogue".

Le maire (PS) de l’arrondissement, Roger Madec, a lui aussi demandé un renforcement des effectifs de police. Faut-il voir dans ces affrontements un risque de dérapage communautariste et d’ethnisation des violences ? Certains, à l’instar de la Ligue des droits de l’homme, ne l’écartent pas.


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