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Commentaire de Sulim

sur La blogosphère, un rempart contre le populisme ?


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Sulim (---.---.184.233) 10 octobre 2006 18:42

La démocratie en tant que gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple, propose deux approches du peuple selon qu’elle se veut libérale ou populaire.

L’essence de la démocratie libérale est la protection de l’individu contre la toute puissance des autres individus pris individuellement (la tyrannie) ou collectivement (le totalitarisme).

Pour ce faire, le fonctionnement de la démocratie libérale repose sur deux principes :

1/ La création d’un état de droit qui reconnaît des droits et libertés individuels (liberté d’expression, liberté de conscience....) et garantie l’égalité en droit.

2/ L’organisation via les libertés publiques (liberté d’association, liberté de la presse, liberté syndicale, liberté d’entreprise....) d’un vaste champ d’expression collective de la liberté individuelle.

La démocratie libérale exige des individus qu’ils inventent et réinventent du collectif à travers l’entreprise, les associations, les partis politiques, les syndicats, l’Etat-nation etc....

De facto, la notion de peuple est ouverte et irréductible : Il n’y a pas UNE expression du peuple en tant que collectivité d’individus mais DES expressions diverses, variés et contradictoires qui forment le pluralisme propre à la démocratie libérale.

L’espace public ou démocratique se trouve animer en raison de ce pluralisme de multiples rapports de force : le pluripartisme en politique, la concurrence en économie, consommateurs c/ marchands, syndicats c/ patronat .....

La vitalité de la démocratie libérale repose sur le dynamisme de ses corps intermédiaires autrement dit de la capacité des individus à se créer du collectif.

A l’inverse de la démocratie libérale, la démocratie populaire entend protéger le peuple contre l’individu.

En inversant la proposition, La démocratie populaire ne peut plus créer du collectif à partir de la volonté d’individus libres.

elle s’invente dès lors une identité collective exclusive : la nation dans le nationalisme, la race dans le nazisme, la classe dans le marxisme, la religion dans les théocraties....

Là ou la démocratie libérale ouvre le champ des possibles (le pluralisme), la démocratie populaire le réduit à un seul choix : l’identité contre l’altérité.

Elle induit l’assujettissement de l’individu à l’identité collective (la nation, la race, la classe ou la religion) ainsi que l’oppression, le rejet de ce qui n’appartient pas à l’identité collective. ( l’étranger, le juif, le bourgeois, le mécréant....).

Le populisme par son discours simplificateur rejoint cette vision du peuple réduit à une identité collective contre la volonté des individus-citoyens.

Les propos de Umberto Ecco sonnent justes : « Donc, être populiste, c’est en appeler directement au « peuple » pour justifier des postures (ou des actions) à l’encontre des institutions. Le « peuple » comme l’expression d’une seule volonté et de sentiments identiques, telle une force quasi naturelle incarnant la morale et l’histoire. Bien entendu, ce « peuple » n’existe pas, c’est un fantasme idéalisé par le populiste, une fausse vérité incarnée par la force des sondages, une fabrication/falsification de la « volonté populaire ».

La blogosphère est-elle donc un rempart contre le populisme ?

A priori, le Web sert la démocratie libérale en tant que vecteur de communication facilitant l’expression des opinions dans leur diversité et le débat contradictoire.

Cette affirmation doit être doublement nuancée.

Premièrement, La blogosphère n’est pas hermétique au discours populiste.

Le référendum sur le TCE est ici assez exemplaire. Comme la question au référendum était fermé (Oui ou Non), le discours populiste, par nature simplificateur, a largement prospérité sur la toile : rejet des élites (dénonciation d’un complot capitalo-politico-médiatique ouitiste) , rejet du libéralisme (ex polémique autour de la directive bolkenstein) , rejet de l’étranger (polémique autour de l’adhésion de la Turquie).

Deuxièmement, la blogosphère reste encore une démocratie virtuelle. L’expression politique sur la toile ne débouche par sur l’action politique. Le Non du référendum du TCE n’a pas donné lieu à la création d’un projet alternatif sur le web.

On touche ici aux limites de la blogosphère qui reste un vecteur essentiellement individualiste. Il ne peut remplacer l’engagement responsable dans le réel.


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