Quel est l’enjeu (coté nature) ? Préserver un maximum d’espèces ? Ou obtenir pour chaque espèce les effectifs les plus grands possibles ?
Quand les effectifs d’une espèce approchent dangereusement de zéro, il s’agit effectivement de veiller à ce que ses effectifs remontent pour éviter une extinction. Mais une fois l’espèce hors de danger, il ne sert à rien, du point de vue de la biodiversité, de multiplier ses effectifs. Au contraire même, une espèce qui se multiplie trop risque de conduire à l’extinction d’autres espèces (c’est le cas des espèces invasives). Que les bocages ou la déforestation aient multiplié par cent ou mille les effectifs d’une espèce donnée, ça reste quand même une seule espèce. Ça embellit peut-être momentanément le paysage, mais ça n’ajoute rien à la biodiversité, ça ne crée pas d’espèce nouvelle (on ne peut pas créer d’espèce nouvelle). Au mieux on a sauvé cette espèce, si elle était en danger. Au pire, on a entraîné l’extinction d’autres espèces.
Je pense que c’est cette confusion qui vous fait penser ensuite à une incompatibilité entre biodiversité et vie humaine. Les troupeaux d’éléphants, par exemple, détruisant des champs et provoquant des famines. C’est sans doute un problème si on laisse proliférer les troupeaux sans limite. Mais tout ce qu’on veut en fait, c’est que l’espèce éléphant (d’Afrique ou d’Asie, comme vous voulez) ne s’éteigne pas, et pour cela il suffit de s’assurer que les effectifs ne descendent pas en dessous d’un certain seuil, que je ne connais pas précisément, mais qui est certainement assez faible pour ne pas représenter un danger notable pour les cultures des paysans. Qu’il y ait mille éléphants ou un million, c’est une espèce et une seule.
On ne peut pas non plus mettre sur le même plan la présence locale d’une espèce et son existence globale. Les débats sur la réintroduction du loup ou de l’ours en France portent seulement sur la présence locale de ces espèces, et on peut effectivement en débattre. L’enjeu n’est pas du tout le même que pour une espèce menacée d’extinction. S’il est possible aujourd’hui de réintroduire l’ours ou le loup en France, c’est parce que ces espèces ne sont pas éteintes. Or des espèces s’éteignent en permanence (plus des insectes que des gros mammifères, certes), pour la plupart sans même qu’on le sache, et il ne faudrait pas laisser penser, comme j’en ai souvent l’impression, qu’on peut compenser des extinctions par des réintroductions et ainsi préserver la biodiversité : si une espèce est réintroduite quelque part, c’est qu’elle n’avait pas disparu globalement.
Aussi, je peux comprendre qu’on débatte de la présence en France d’espèces qui peuvent poser des problèmes et qui sont par ailleurs préservées ailleurs, mais j’ose espérer que si ces espèces venaient à être menacées d’extinction globale, les petits problèmes qu’elles posent ne seraient pas un prétexte pour les laisser disparaître définitivement.
Vous opposez ensuite droit des humains et droit des animaux, identifiant la question de la biodiversité avec ce dernier. Pourtant, la biodiversité n’a rien à voir avec le droit des animaux, et les deux entrent même souvent en conflit. Le droit des animaux, c’est, en gros : il faut éviter de faire souffrir un animal inutilement. Ça s’applique à un animal individu, pas à une espèce animale. Une espèce ne souffre pas, elle ne ressent rien en disparaissant. La biodiversité n’est donc pas un droit des animaux, et ce serait en fait plutôt un droit des humains. Un droit de nos descendants, qui souhaitent peut-être vivre dans un univers peuplé d’autres chose que d’humains et de pigeons (même s’il y a cent milliards de pigeons).
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Je suis assez d’accord pour considérer que le terme "écologie" tel qu’utilisé couramment n’a pas beaucoup de sens et est utilisé comme un fourre-tout. C’est justement pour ça que je souhaite éviter de mélanger les problèmes de biodiversité, de pollution, de droit animal... ce sont des problèmes distincts, traitons les séparément.
Je ne vais pas vous placer dans un camp dont vous ne faites pas partie (mais je trouvais que laisser planer un doute sur l’intérêt de sauver des espèces c’était déjà beaucoup). Je ne crois pas non plus être un écologiste apocalyptique.
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10/03 17:53 - Pierrot
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09/03 12:58 - Thoth
Merci pour le conseil. Je vais le suivre et faire en sorte de pouvoir tout lire à mon aise. (...)
09/03 09:07 - Pierrot
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