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Commentaire de J. GRAU

sur L'horreur démocratique


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Jordi Grau J. GRAU 21 avril 2009 12:19

Bonjour.

Je vous remercie pour cet article. Votre thèse est très discutable et apporte peut-être plus de questions que de réponses, mais c’est aussi ce qui fait son grand intérêt. Sur l’illusion des prétendues « classes moyennes », je vous rejoins tout à fait. Finalement, si je vous ai bien compris, la démocratie sous sa forme actuelle est doublement scandaleuse : d’une part, parce qu’elle piétine les droits élémentaires de certaines minorités ; d’autre part, parce qu’elle n’est même pas une dictature de la majorité, cette dernière étant à chaque coup le dindon de la farce. Pour ma part, je suis assez d’accord avec cette analyse.

Ce que je trouve plus discutable, c’est ce que vous dites de la démocratie locale et de la solidarité. Que la démocratie doive être d’abord locale, je n’en disconviens pas. Je suis également d’accord avec l’idée que la solidarité nationale ne doit pas se substituer à une nécessaire solidarité avec le voisin de quartier. Mais il faudrait tout de même prendre garde à ne pas idéaliser la vie des villages d’antan. Le sociologue Robert Castel, dans Les métamorphoses de la question sociale, montre en s’appuyant sur des travaux d’historiens que les villages de l’Ancien Régime et du Moyen-Age n’étaient pas si solidaires qu’on pourrait le croire. Certes, il pouvait y avoir une aide aux pauvres et aux infirmes du village même, mais malheur à qui venait d’une autre région, voire du village voisin. A l’époque, l’étranger, ce n’était pas tellement le Maghrébin, le noir, le Turc, ni même le Portugais ou l’Italien : c’était d’abord le Limousin pour l’Auvergnat, le Champenois pour le Bourguignon, etc. Ceux qui n’avaient pas d’emploi localement étaient astreints à prendre la route pour trouver du travail où ils pouvaient et étaient généralement très mal reçus - un peu comme les salariés agricoles nord-africains qui se font exploiter de nos jours en Espagne ou dans le sud de la France.

On pourra donc critiquer tant qu’on voudra le jacobinisme, il faut bien reconnaître que l’institution progressive d’une solidarité nationale dans l’Europe des XIXème et XXème siècles, a plutôt été une bonne chose. D’ailleurs, elle n’a pas été décrétée autoritairement par la bourgeoisie au pouvoir : elle a plutôt été concédée par l’Etat pour apaiser les tendances révolutionnaires du mouvement ouvrier.

Ceci m’amène à un dernier point : la démocratie dans le monde du travail. Votre article étant déjà long et riche, vous avez sans doute jugé peu opportun d’aborder ce sujet. Il me semble pourtant qu’une démocratie digne de ce nom devrait passer par une appropriation sociale des moyens de production - chose qui n’a pratiquement jamais existé, et surtout pas dans les pays prétendument « socialistes » ou « communistes ». Sans cette appropriation, la démocratie restera, pour l’essentiel, un moyen pour les plus riches de conserver le pouvoir politique et économique.


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