Faire la grève, RÉSISTER en tant que chômeuse, c’est ce que je fais depuis des années après avoir cherché du boulot comme une folle (1800 candidatures sur trois ans envoyés... pour rien, car je suis trop vieille, trop chère, et mon profil trop « atypique »).
Par chance, je suis passée à travers les mailles de l’inutile ANPE, ce qui m’a permis d’échapper au harcèlement et aux prestations bidons qui engraissent des opérateurs privés pour qui le chômage est une manne financière.
Je refuse les emplois au Smic (je gagnais 1700 € net quand j’ai perdu mon travail), les CDD, les contrats aidés. Moralité : comme il n’y a que ça sur le marché du travail, je reste au chômage et je pratique une « résistance passive » qui me vaut d’être aujourd’hui à l’ASS (équivalent du RMI, 450 € par mois). J’ai donc sombré dans la grande pauvreté. Mais c’est un choix.
Car je préfère être économiquement pauvre parce que je n’ai pas de travail plutôt qu’être pauvre... en travaillant : c’est une question de DIGNITÉ. Pour avoir été longtemps une travailleuse pauvre quand j’ai commencé ma vie professionnelle (mère célibataire, le loyer qui bouffait la moitié de ma paie), j’estime que j’ai déjà donné. Ça suffit. Car ma dignité ne réside pas dans la servitude volontaire et l’exploitation (j’ai 20 ans d’expérience que je refuse de brader), le fait d’avoir un emploi - Qu’est-ce que vous faites, dans la vie ? - pour être comme tout le monde. J’assume ma différence, ma marginalité.
Je suis économiquement pauvre, mais RICHE intellectuellement. Car le chômage m’a fait redécouvrir le temps pour soi, la lecture, l’écriture, la méditation, l’analyse. Je suis une pionnière de la décroissance et de l’anti-productivisme. Je me demande comment j’ai pu supporter tout ça (m’engouffrer dans des embouteillages pour aller au boulot, subir la connerie de mes petits chefs, en faire toujours plus, puis consommer bêtement pour me défouler de tout ça le week-end) aussi longtemps !
Je ne me lamente pas sur mon sort. Si ce n’est la peur de l’avenir qui me tenaille régulièrement (c’est ça, la précarité), je me sens plus LIBRE que je ne l’ai jamais été et je réalise que je vis les meilleures années de mon existence. Je reconnais que la « valeur travail », que mes parents m’ont inculquée et à laquelle j’ai longtemps cru, n’était qu’un leurre qui ne m’a apporté que de trop rares satisfactions.
Le site Actuchomage, c’est moi qui l’ai créé en 2004 avec un ami, lui aussi chômeur de longue durée : nous en sommes fiers, et nous sentons plus utiles à la société en animant cet outil d’information et de réflexion fait par des chômeurs pour les chômeurs qu’en allant bosser pour des clopinettes.
Merci pour cet article qui a l’avantage de poser de vrais questions.