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Commentaire de Firenza

sur Al Gore au Pays des Mensonges


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Firenza 5 juillet 2009 17:30
 
Goldman Sachs et la bulle du réchauffement climatique

[Vous avez aimé le lobbying climatique d’Exxon ? Vous allez adorer celui de Goldman Sachs]

Début juin [2009] à Washington, D.C. Barack Obama, un jeune politicien populaire dont le principal sponsor de campagne est une banque d’investissement appelée Goldman Sachs - ses employés ont contribué 841.000$ à sa campagne - est désormais à la Maison Blanche. Pour s’être faufilé sans faute au milieu du champ de mine politique des différents plans de relance, Goldman est de retour une fois de plus à ses vieilles affaires, dénicher des failles dans un nouveau marché créé par l’état avec l’aide d’une nouvelle équipe de ses ex-cadres aux postes clés du gouvernement.
Au revoir aux anciens Goldmanites Hank Paulson et Neel Kashkari ; bonjour au nouveau chef de service du Trésor Mark Patterson et au chef du CFTC, Gary Gensler, tous deux anciens Goldmanites (Gensler était co-directeur des finances de la firme). Et au lieu des dérivés sur les crédits, le pétrole ou les prêts hypothécaires garantis par l’état, le nouveau jeu à la mode, la prochaine bulle, est les crédits carbone - un marché de milliers de milliards de dollars en plein boom qui existe à peine mais qui, si le Parti Démocrate auquel Goldman Sachs a donné 4.452.585 $ lors des dernières élections, réussit à légiférer, deviendrait une nouvelle bulle sans précédent sur les matières premières, déguisée en « plan environnemental » et appelée « bourse du carbone » (cap-and-trade).

Le nouveau marché des crédits carbone est un remake virtuel du casino des marchés aux matières premières dont raffole Goldman, sauf que celui-ci a un nouvel ingrédient appétissant : si le plan se réalise comme attendu, la hausse des prix serait dictée par le gouvernement. Goldman n’aura même pas à truquer le jeu, celui-ci sera truqué d’avance.

Voici comment cela marche : si la loi passe, il y aura des limites pour les centrales au charbon, les producteurs d’électricité, les distributeurs de gaz et nombre d’autres industries sur les émissions de carbone (càd les gaz à effet de serre) qu’ils peuvent produire chaque année. Si les compagnies dépassent leurs quotas, ils pourront acheter des « allocations » ou crédits à d’autres compagnies qui ont réussi à produire moins d’émissions. Le président Obama estime de manière conservatrice qu’environ 646 milliards $ de crédits carbone vont être mis en enchère pendant les 7 premières années du plan ! Un de ses premiers conseillers économiques postule que le vrai nombre serait deux, voire trois fois ce montant.

Ce qui dans ce plan attire particulièrement les spéculateurs est que la « limite » sur le carbone va être en permanence abaissée par le gouvernement, ce qui veut dire que les crédits carbone vont devenir de plus en plus rare année après année. Ce qui veut dire que c’est un marché aux matières premières inédit dans lequel la matière première principale à trader aura un prix dont l’augmentation dans le temps est garantie. Ce nouveau marché va augmenter de 1 milliard $ par an  ; à titre de comparaison, le revenu annuel combiné de tous les producteurs d’électricité aux USA est de 320 milliards $.

En 2008, Goldman a dépensé 3,5 millions
de dollars pour du lobbying climatique

Goldman veut cette loi. Le plan est de 1) être aux premières loges du changement de paradigme législatif 2) s’assurer que Goldman serait le concepteur du volet profit de ce paradigme et 3) être sûr que ce volet profit est un gros volet. Goldman a commencé à presser pour la bourse du carbone depuis longtemps mais les choses ne s’étaient accélérées que depuis l’année dernière quand la firme a dépensé 3,5 millions $ pour faire du lobbying climatique (un de ses lobbyistes à l’époque n’était autre que Patterson, l’actuel chef de service du Trésor).
En 2005, quand Hank Paulson était à la tête de Goldman, il s’est personnellement impliqué dans la rédaction de la politique environnementale de la banque, un document qui contient des éléments surprenants pour une firme qui s’est, dans tous les autres domaines, opposée de manière résolue à toute initiative de régulation gouvernementale. Ce document argue que « les actions volontaires ne peuvent pas résoudre le problème du changement climatique. » Quelques années plus tard, le chef du carbone de la banque, Ken Newcombe, insiste que la bourse du carbone seule ne sera pas suffisante pour résoudre le problème climatique et en appelle à plus d’investissements publics dans la recherche et le développement. Ce qui est plutôt pratique, étant donné que Goldman a fait des investissements passés dans les éoliennes (il a acheté une filiale appelée Horizon Wind Energy), le diesel renouvelable (il a des investissements dans une firme appelée Changing World Technology) et l’énergie solaire (il est un partenaire de BP Solar), exactement le genre d’affaires qui va prospérer si le gouvernement force les producteurs d’énergie à utiliser des énergies propres. Comme Paulson a dit à l’époque, « nous n’avons pas fait ces investissements pour perdre de l’argent. »

« Nous n’avons pas fait ces investissements
pour perdre de l’argent » Henry Paulson,
ancien partner chez Goldman Sachs et Secrétaire
d’Etat au Trésor américain 2006-20009
La banque détient 10% de parts dans la Bourse Climatique de Chicago, où les crédits carbone vont s’échanger. De plus Goldman détient une part minoritaire dans Blue Source LCC, une firme basée en Utah qui vend des crédits carbone d’un genre qui va être très demandé si la loi passe. Le lauréat du Prix Nobel, Al Gore, qui est intimement impliqué dans l’établissement de la bourse du carbone, a monté une société s’appelant « Generation Investment Management » avec l’aide de trois anciens grands pontes de Goldman Sachs Asset Management, David Blood, Mark Ferguson et Peter Harris. Leur business ? Investir dans les compensations carbone. Il y a également le Green Growth Fund, valant 500 millions $, mis en place par un Goldmanite pour investir dans le green-tech… la liste continue encore et encore. Goldman est en tête de la file de nouveau, attendant que quelqu’un déclenche la pluie au bon endroit. Est-ce que ce marché sera plus gros que celui du marché à terme sur les énergies ?

« Oh, il sera bien plus grand », dit un ancien du Comité sur l’Energie du Congrès. Bon, vous diriez, on s’en fiche. Si la bourse du carbone réussit, ne serait on pas tous sauvés de la catastrophe du réchauffement climatique ? Peut-être, mais la bourse du carbone, tel qu’envisagée par Goldman, est juste une taxe carbone organisée de manière à ce que les intérêts privés récoltent les revenus. Au lieu d’imposer simplement un prélèvement fixe par l’état sur la pollution au carbone et forcer les producteurs d’énergie non propre à payer la pollution qu’ils produisent, la bourse du carbone va permettre à une petite clique de porcs de Wall Street rapaces à l’extrême de transformer un marché aux matières premières créé de toute pièce en une structure privée de collecte d’impôt. C’est pire que les plans de relance : cela permet à la banque de saisir l’argent du contribuable avant même qu’il ne soit collecté.

« Comme ce sera une taxe, je préfère que ce soit Washington qui fixe la taxe et la recouvre, » dit Michael Masters, le directeur d’un fond spéculatif qui avait dénoncé les spéculations sur le marché à terme du pétrole. « Mais nous sommes en train de dire que c’est Wall Street qui fixe la taxe et Wall Street qui récupère la taxe. C’est la dernière chose dont j’ai envie. C’est une stupidité sans nom. »

La bourse du carbone va se faire. Ou, si ce n’est pas le cas, quelque chose dans le genre. La morale est la même que celle des autres bulles que Goldman a contribué à créer, de 1929 à 2009. Dans pratiquement tous les cas, la même banque qui s’est comportée de manière irresponsable pendant des années, en enfonçant le système par des prêts toxiques et des dettes abusives, en ne créant rien à part des bonus massifs pour quelques managers, a été récompensée avec des montagnes d’argent quasiment gratuits et des garanties gouvernementales - pendant que les vraies victimes dans le pétrin, les contribuables ordinaires, paient.
Ce n’est pas toujours facile d’accepter que le monde tel que nous le connaissons permet régulièrement à ces gens de s’en tirer ; il y a une sorte de déni collectif qui se manifeste lorsqu’un pays tel que l’Amérique traverse ce qu’elle a traversé récemment, quand les gens perdent autant de prestige et de statut autant que nous avons perdu ces dernières années. Vous ne pouvez pas encaisser le fait de ne pas être un citoyen d’une démocratie de premier plan, de ne plus être épargné de se faire dévaliser en plein jour parce que comme un amputé, vous avez l’impression de ressentir encore ce qui n’est plus là.
Et pourtant, c’est le cas. C’est le monde dans lequel nous vivons maintenant. Dans ce monde, certains d’entre nous suivent la règle du jeu tandis que d’autres ont l’autorisation du principal de ne pas faire leur devoir jusqu’à la fin des temps, plus 10 milliards de dollars gratuits pour se payer leur déjeuner. C’est un état ganster, qui fonctionne avec une économie de gangsters et dans lequel on ne peut même plus faire confiance aux prix ; il y a des taxes cachées dans chaque billet que vous tendez. Peut-être que nous pouvons stopper cela, encore faudrait-il que nous sachions de quoi il en retourne.

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