Je partage très largement le point de vue de Tal, mais aussi la pondération que Zen apporte à son analyse. Un fait : la présence chinoise en Afrique. Une question : quelle forme prendra à terme cette présence ? J’ai évoqué dans l’article les craintes qu’elle suscite aux Africains eux-mêmes.
Maintenant, grâce à pierrem, me voilà postmoderne. On ne me l’avait pas encore faite celle-là et c’est plutôt marrant. 
Parce que ce qui est vraiment post-moderne, c’est de refuser toute critique de notre passé au nom du refus d’une prétendue « auto-flagellation ». Arrière petits cousins de la cuisse de Jupiter, voilà l’homo-occidentalis s’emparant pour lui-même du dogme de l’Immaculée Conception ! Nous sommes nés dans une civilisation qui n’a plus de passé ! Trop d’événements troubles jonchent notre histoire pour nous permettre d’élaborer la vision du démiurge que nous sommes appelés à devenir. Soyons audacieux : refusons de les voir. Et recommençons l’histoire telle que nous l’avons écrite depuis le XVIe siècle.
Eh bien non. Les choses ne se passent pas comme cela. L’expérience est une épistémologie de l’échec. La colonisation occidentale s’est faite à coup de canons, d’échange d’esclaves contre des colifichets de pillages des matières premières (qu’avez-vous retenu de l’assassinat de Lumumba ? Le Zaïre n’en est toujours pas sorti), d’infrastructures réservées à ceux qui avaient les moyens de les utiliser. L’Afrique ne veut plus de nos coups de canons, de nos chaînes de voitures démodées, de nos articles éculés, des subventions qui reviennent dans les caisses de nos partis politiques, ni de notre façon d’écrire l’histoire (souvenez-vous des Camerounais qui apprenaient « nos ancêtres les Gaulois... ! »)
Les Chinois se souviennent des canonnières britanniques remontant le Yangtze pour soutenir nos trafiquants d’opium. Ils portent encore les blessures de l’humilation dans laquelle nous avons voulu les maintenir. Alors en Afrique, ils viennent vendre les pansements qui vont bien, avec l’arrière-pensée visible comme un Chomolungma au milieu du Sahara de devenir l’acteur économique incontournable du continent. Les Africains paieront avec leurs matières premières. Ok, pierrem : dans l’économie post-moderne, les LBO succèdent aux OPA, un tantinet ringardes de nos jours. Relisez à votre aise l’article avec le titre ainsi modifié.
Cela ne changera rien au contexte. Les Chinois rachètent l’économie africaine avec le consentement des gouvernements qui y voient une nouvelle opportunité de développement. Il n’y a pas de quoi se flageller, il est juste temps de comprendre que l’époque où nous pouvions rigoler de la « naïveté » africaine est révolue. L’Afrique en a tout simplement marre de nos promesses non tenues. Elle cherche ailleurs. À nous de tenir nos promesses si nous voulons revenir dans la course.
Appelez cela comme vous voudrez.