Pour en revenir à Jean Patrick Manchette, son style date terriblement aujourd’hui et reste très « seventies ». Je l’ai adoré en son époque dans laquelle il s’inscrivait parfaitement.
Marqué très nettement à gauche, il reste cependant agréable à lire, ce qui n’est guère le cas des Patrick Raynal, Jean Claude Izzo et de la série des « Poulpes » où une certaine volonté pédagogique de bien différencier les « bons » des méchants« rend les récits extrèmement lourds, pour ne pas dire »chiants« .
Le roman policier, bien écrit, offre à son lecteur une vision du monde souvent pessimiste et le message de son auteur doit être déduit, et non pas induit sans finesse par l’auteur.
Jean Patrick Manchette évoqua les pans sombres de l’autonomisme breton, l’impasse de la voie terroriste ( »Nada« ), la Françafrique (L’affaire N’Gustro) et son anti-héro Eugène Tarpon, Gendarme mobile rayé des effectifs pour devenir un privé fauché, la mentalité policière propre à cette époque.
Les adaptations de ses romans, voire ses collaborations avec des pointures de la bande dessinée furent d’incontestables réussites.
Pour une liste non exhaustive et de mémoire »Nada« réalisé par Claude Chabrol et le superbe »Griffu« , dessiné par Jacques Tardi, sont des petits bijoux.
Je me suis replongé il y a quelques mois dans »Manchette« déjà lu autrefois »Le petit bleu de la côte ouest« et je me répetrai : tout celà a terriblement vieilli..
Mais peut-être faudra-t-il attendre quelques années pour l’apprécier à sa juste valeur.
Le temps a des effets curieux : Léo Malet m’emm.. et, en le lisant, on se trouve étonné des relents xénophobes de l’auteur dont les critiques modernes n’ont bien souvent retenu que ses flirts de jeunesse avec l’anarchisme.
Par contre, André Hena, qui écrivit à la même époque mais fut longtemps traité d’auteur »mineur« du genre, s’est bonifié comme un grand cru..
http://membres.lycos.fr/bernadac/portrHelena.html
Une mention particulière pour ses livres traitant de la période de l’occupation, avec ses personnages de résistants par hasard et d’ex-collabos passés in extremis dans les rangs des épurateurs zêlés - description trop rare dans la production d’une époque marquée par le résistancialisme bon teint du général..
Dans mon panthéon des auteurs français, Joseph Bialot et son humour noir.. qui trouva dans l’écriture de romans policiers un exorcisme à sa déportation à Auschwitz..
A lire :
»186 marches vers les nuages«
qui évoque, comme départ d’une intriqgue policière l’épisode monstrueux du »Cap Arcona« , où s’ajoutèrent un des derniers épisode de la barbarie nazie et un crime de guerre britannique jamais jugé..
Et ses romans autobiographiques :
»La station St Martin est fermée au public«
»C’est en hiver que les jours rallongent"
gAZi bORAt