Léon
Une propagande ancienne et habile
"... Les affiches de la campagne n’y vont pas par quatre chemins. On y
voit des minarets sombres dressés, comme autant de dangereux missiles,
sur un drapeau suisse. Ils sont accompagnés d’une femme en burqa,
noire, invisible. Des affiches racistes, interdites dans certaines
villes du pays (Lausanne, Zurich), mais pas partout, puisque leur
censure relève de compétences communales.
Cette communication politique ultra-agressive est la marque de
fabrique de l’UDC : il y a deux ans, à l’occasion des dernières
élections législatives, les étrangers étaient stylisés en moutons noirs
sur les affiches, venant disputer la croix blanche sur fond rouge à
d’innocents moutons blancs « nationaux », sous ce slogan : « Qualité suisse ». Auparavant,
on avait aussi eu droit à un montage photo douteux montrant un
passeport suisse au nom d’un certain Oussama ben Laden, manière
d’indiquer qu’en ne fermant pas à double tour les portes du réduit
alpin, le risque est de les ouvrir aux pires terroristes islamistes.
Certes ultraminoritaire dans le pays,
cette islamophobie est en totale contradiction avec le pedigree des
musulmans de Suisse, très éloigné de l’extrémisme d’Al-Qaeda. Car qui
sont-ils, au fond ? Pour l’écrasante majorité, ce sont des Européens en
provenance des Balkans, ou des Turcs (lire page ci-contre). Ils sont
bien intégrés dans la société, ne vivent pas dans des ghettos
ethniques. Ainsi les Kosovars font partie du paysage helvétique depuis
plus de deux décennies, filière d’immigration bien utile quand le
secteur du bâtiment avait besoin de bras sur les chantiers. Du fait des
regroupements familiaux, ils sont désormais près de 200 000 dans le
pays : 10% de la population totale du Kosovo ! Mais avant l’initiative
antiminarets, personne ne parlait d’eux en tant que « musulmans ».
Pragmatisme helvétique ou ignorance de l’autre ? Un peu des deux. Dans
un récent sondage publié par le quotidien romand 24 Heures, 68% des personnes interrogées considèrent que l’on peut « être un vrai Suisse en étant musulman ».
Ils sont 63% à estimer que les communautés musulmanes ne constituent
pas une menace pour la stabilité et la sécurité de l’Etat. Mais ils
sont 49% à penser que l’islam mène plus facilement à l’extrémisme
qu’une autre des religions pratiquées en Suisse. Un sondage qui fait
écrire à l’éditorialiste du journal qu’il y a, en Suisse, un paradoxe
avec la chose musulmane : « Une grande acceptation des musulmans,
mais une certaine méfiance envers l’islam. En somme, c’est de cohérence
qu’il s’agit. Les Suisses sont tolérants envers les individus et les
communautés, mais ils se méfient des doctrines. »...Serege Enderlin nouvel Obs-