Entre Orvieto et Napoli, lui demandé-je, peut-on encore ne pas
faire halte à Rome ? Souviens-toi, Béa ma douce, de notre promenade
vers cinq heures du matin par les rues désertes, tandis que, dans le
ciel bleu de nuit, l’aube blanche se levait au-dessus des pins parasols
et se mettait à ruisseler sur les marbres blancs jonchant le champ de
ruines du Forum républicain, de l’arc de Septime Sévère, tout proche du
Capitole de Michel-Ange, à l’arc de Titus au loin derrière lequel
s’arrondissaient les arches du Colisée. Auparavant, nous étions passés
par Saint Pierre et ses colonnades du Bernin ouvertes comme des bras,
par le Campo di Fiori désert avec en son milieu la sombre statue
massive de Giordano Bruno, par la Piazza Navona et ses deux bassins
mêlant dans le silence de la nuit le clapotis de leurs putti et de
leurs sirènes au ruissellement puissant de la Fontaine centrale des
Quatre fleuves, par le Panthéon et ses colonnes géantes dont on prenait
à bras d’élève la mesure de la circonférence, et par Santa Maria Sopra
Minerva, juste à côté, le couvent de l’humiliation de Galilée, devant
l’éléphanteau du Bernin qui se marre, la trompe de côté, sur la place,
sans qu’on sache si c’est de son exploit à tenir un obélisque sur le
dos comme il le fait, ou d’avoir sondé dans ces lieux l’horreur de la
folie humaine. Et puis, souviens-toi, ma chérie, de la Fontaine Trévi… »
toutes ces lignes pour dire : alors , on baise ?