Création des retraites par capitalisation obligatoires (1910) [modifier]
La loi sur les « Retraites ouvrières et paysannes » (ROP) est défendue par des membres du Parti Radical comme Léon Bourgeois et Paul Guieysse. Le projet est vivement et doublement combattu :
- par la droite et le patronat, qui dénoncent des charges inacceptables pour le pays et remettent en cause son principe même accusé d’encourager la paresse.
- par la CGT : le principal syndicat, dominé par les idées révolutionnaires (anarchistes), veut alors la destruction de l’État,
et non voir son rôle étendu. Qui plus est, elle peut non sans raison y
voir une « retraite pour les morts », quand l’âge de la retraite est
fixé à 65 ans et que l’espérance de vie est inférieure à 50 ans.
Les ROP, qui sont des systèmes de retraite par capitalisation à
adhédion obligatoire, finissent néanmoins par toucher 3 millions de
personnes, à comparer aux 8 millions de salariés et à une population de
40 millions de personnes. La première Guerre mondiale vient bousculer cette mécanique, notamment en raison de l’afflux d’anciens combattants (3 millions en 1930). La guerre a vu l’extension des responsabilités de l’État, plus communément acceptée par une large frange de la population. De plus, avec le retour des trois départements d’Alsace-Lorraine Alsace-Moselle,
la question se pose de supprimer le modèle bismarckien qui y est en
vigueur ou de l’étendre au reste du pays ; dans le cas des retraites,
c’est la seconde solution qui est retenue, la France étant le dernier
pays européen à ne pas avoir d’assurance sociale générale.
Les querelles sur la mise en œuvre de ce principe se poursuivront jusqu’en 1930, tant le débat est âpre pour savoir qui de l’État, des syndicats, du patronat ou de la mutualité doit gérer ce système. Un compromis est trouvé avec la mise en place d’un système de protection maladie par répartition et un système par capitalisation pour la retraite, tous deux obligatoires, et qui couvrent théoriquement 10 millions de personnes en 1930 et 15 en 1941.
Mais le système de la capitalisation ne résiste pas aux dépréciations monétaires de l’après-guerre (tel avait été le cas en 1910 également) dues à la politique inflationniste du gouvernement, ni surtout à la prédation de l’État.