Quels remèdes ?
Devant ce désastre persistant, les remèdes qu’il faut
apporter au plus vite découlent directement de l’analyse des causes que
nous venons de résumer.
Il faut conduire, dans les pays du Sud, des projets de développement
agricole durable bien ancrés dans les populations, appuyés par des
réseaux locaux d’entretien du matériel agricole et des systèmes de
formation pour les paysans, de façon à faire progresser les pays pauvres
vers la suffisance alimentaire.
Deuxièmement, et c’est tout aussi important, il faut créer des
infrastructures routières, ferroviaires, portuaires, là où elles sont
largement ou totalement déficientes. Il sera ainsi possible d’acheminer
rapidement la nourriture vers les zones frappées par la famine.
En troisième lieu, ce qu’on appelle aujourd’hui « la bonne
gouvernance » est un élément crucial pour une solution durable du
problème. Les dictatures prédatrices vivant aux dépens de leur
population comme en Corée du Nord, au Zimbabwé ou dans bien d’autres
pays d’Afrique, les guerres civiles trop souvent suscitées ou appuyées
par les pays voisins, comme on l’a tant vu en Afrique Centrale ou de
l’Ouest, et comme on le voit ces jours-ci au Tchad, sont évidemment
destructrices. Les pays développés et les organisations internationales
doivent avoir des exigences en matière de démocratie et de protection
des droits de l’homme et de la règle des droits, et les faire prévaloir
malgré les arguments trop souvent mis en avant de la « Real Politik » -
c’est-à-dire du cynisme à l’état pur - ou d’un « anticolonialisme » mal
compris.
Enfin - c’est la touche positive dans ce sombre tableau ! -, les
progrès technologiques en cours offrent des promesses tout à fait
intéressantes, à condition de bien vouloir accepter ces fameuses OGM ;
les écologistes qui se prétendent tiers-mondialistes ont grand tort de
les refuser par principe. On connaît les exemples des espèces nouvelles
de riz enrichies en vitamines ou à période de croissance court (riz
doré, Nerica), du maïs dopé contre la sécheresse, des bananes résistant
aux champignons ou des plantes résistant à la salinité, etc. Le problème
est que, comme en matière de santé, les efforts de la recherche ont
tendance à se concentrer sur les productions rentables plutôt que sur
les « maladies orphelines » ou sur l’amélioration des rendements de
productions agricoles typiques du tiers monde. Là aussi nous devons
faire un effort pour encourager la recherche sur ces produits (le riz,
le sorgho, le manioc, la patate douce...) particulièrement adaptés aux
besoins des populations démunies.
Ce combat n’est pas vain. Nous pouvons même être
pratiquement certains que la famine sera définitivement vaincue au cours
de ce siècle. Mais selon l’implication et les efforts de chacun, cette
victoire contre la faim peut se situer en 2030 ou en 2080. Entre ces
deux dates, il y a cinquante ans - soit au rythme actuel de la mortalité
pour cause de famine (25 000 personnes par jour), plus de quatre cents
millions de morts.