En résumé, sur ce que je pense d’un sujet aussi vaste et complexe :
- la question de l’autonomie n’est pas d’apprendre à dire non, mais de développer son sens critique, en d’autres termes de donner à l’enfant les outils intellectuels et la méthode nécessaires au développement de sa propre opinion (ce qui pourra le conduire éventuellement à dire non).
- tout en lui apprenant qu’aucune vie en société n’est possible sans règles de vie en commun, ce qui implique aussi l’apprentissage du respect des règles, sachant que le développement de son sens critique peut l’amener à décider que certaines règles qui lui sont imposées ne sont pas des règles fondamentales de bien vivre ensemble mais plutôt un système coercitif qu’il devrait pouvoir choisir d’embrasser ou de rejeter (c’est le cas par exemple de la religion).
En partant de là, le curseur parental du rappel à l’ordre sur les règles dépend du stade de développement de l’enfant. On sait pertinemment que dans le jeune âge, l’existence de règles fixant des limites est nécessaire à l’équilibre de l’enfant. L’absence total de repères, selon ce que j’ai pu voir autour de moi, conduit l’enfant à devenir un adulte paumé et qui généralement tourne mal. Mais au fur et à mesure que l’autonomie intellectuelle de l’enfant se développe, il devient de moins en moins nécessaire de « jouer le rôle du méchant ». Dès lors, un pré-adulte équilibré et suffisamment autonome ne voit plus ses parents comme une autorité contraignante, mais a tendance à se tourner vers eux pour leur demander conseil. Le mode de communication n’est dès lors plus un mode hiérarchisé, mais un mode partenaire d’individu responsable à individu responsable, dans lequel le plus expérimenté apporte à la demande du moins expérimenté un peu de son savoir acquis, et ce dernier devient seul juge avec son sens critique de la pertinence pour lui du savoir proposé.
En tous cas, c’est comme cela que ça se passe avec mes enfants (15 ans et 17 ans), et ils traversent leur adolescence sans qu’il n’y ait jamais eu la moindre crise. Un bonheur.