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Commentaire de Tristan Valmour

sur Johnny chez les Helvètes à cause de la taxe d'habitation ?


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Tristan Valmour 18 décembre 2006 14:49

Je paye également beaucoup d’impôts, pourtant je ne compte nullement m’exiler en Suisse. Pourquoi ? Parce que la qualité et la densité des infrastructures comme des services de l’Etat dépendent de la fiscalité. L’un ne va pas sans l’autre, et cela résulte d’un choix politique, d’un choix de société. Si les pays du continent africain ne se développent pas suffisamment vite, c’est essentiellement en raison d’une fiscalité réduite et d’une corruption généralisée. Les pays anglo-saxons dont la fiscalité est inférieure à la nôtre connaissent des infrastructures et des services de piètre qualité dans le sens où ils ne sont pas accessibles à tous. On dit que la France est « un pays communiste qui a réussi », en raison notamment de son système fiscal. La libéralisation sauvage et incontrôlée des échanges, qui place les Etats en concurrence les uns avec les autres, va sacrifier des générations entières. Il en ressortira peut-être quelque chose de positif, seul l’avenir nous le dira. En attendant, aucune réforme fiscale n’empêchera les grandes fortunes de s’exiler tant qu’elles trouveront des Etats prêts à diminuer plus encore leur pression fiscale parce que leur situation le leur permet. On ne pourra jamais rivaliser avec Monaco, le Luxembourg, la Suisse et les autres paradis fiscaux qui sont des repères de malfrats en col blanc. C’est une illusion de croire le contraire en un temps où on peut gérer ses affaires de l’autre bout du monde, où une présence physique permanente n’est plus nécessaire, où l’accès privilégié à l’information permet d’organiser légalement l’évasion fiscale. Quand on dispose d’une armada d’avocats fiscalistes spécialisés dans les niches fiscales et prompts à négocier avec le Trésor Public ; quand on a des amitiés politiques, on échappe déjà en grande partie aux prélèvements. Ce à quoi l’homme de la rue ne peut prétendre, parce qu’il n’est pas un V.I.P.

La fuite de ces hyperfortunes coûte plusieurs milliards d’euros ? Et le travail dissimulé, et l’économie parallèle ? Cela représente au moins 15 % du P.I.B. !

Faut-il réformer la fiscalité ? Assurément. Le système est obsolète et injuste, il exerce une pression trop importante sur une fraction de la population qui a le sentiment de ne pas jouir du fruit de son travail. Mais que l’on gagne des millions d’euros chaque année et que l’on vienne se plaindre d’une fiscalité trop importante n’est pas recevable. Pire, c’est indécent, c’est une négation de tous ces miséreux qui n’ont pour autre préoccupation que de trouver une tente pour s’abriter alors que la qualité et la valeur du sang qui coule dans leurs veines est identique. M. Halliday ne se plaint pas lorsque la télévision publique, financée par l’ensemble des contribuables, assure gratuitement la promotion de ses œuvres. Honte à lui comme à toutes les hyperfortunes qui s’exilent dans le seul but de s’enrichir sans limite quand d’autres s’appauvrissent sans limite. Honte à tous ceux qui méprisent la valeur humaine en réduisant l’Homme à ce qu’il peut produire ou consommer et tiennent une grande partie d’entre eux à l’écart de cette valeur aujourd’hui unique. Si dans les pays communistes on se partageait la pauvreté, dans les pays capitalistes, le jeu du monopoly conduit aujourd’hui sur la touche un nombre croissant d’hommes, de femmes et d’enfants, et les files des Restos du Cœur sont aussi longues que celles des magasins d’Etat de l’Union Soviétique. Les deux systèmes ont échoué. Quel horizon, quelle estime d’eux-mêmes peuvent avoir tous ces laissés-pour-compte ?

Au final, c’est le consommateur qui crée les hyperfortunes et il lui appartiendra de ne pas contribuer à la fortune de ceux qui s’exilent et le méprisent.


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