Aurélie,
curieuse surprise..je ne pensais jamais retomber sur toi un jour sur le net.
J’aime bien ton article, nettement discordant par rapport au son de cloche habituel des étudiants de fac moulés aux discours de l’UNEF. Les commentaires de ton post en attestent : la plupart n’ont aucune idée des réalités économiques et du fonctionnement d’une entreprise. Pire, les amalgames fusent et j’avoue avoir du mal à comprendre comment on peut en arriver à un problème de communisme/juifs/maréchal Pétain en parlant du CPE. Voir la jeunesse de mon pays raisonner comme ça me fait peur, tant c’est ce genre de raisonnement fiévreux qui est à l’origine même du racisme et des raccourcis intellectuels douteux qui se sont déjà bien illustrés dans ce pays. Peut-être un jour apprendra-t-on aux étudiants à se faire une idée par eux mêmes, en attendant, force est de constater qu’ils suivent gentiment le prêt-à-penser qu’on leur fournit sans se poser de question. Etre rebelle contre le gouvernement est une mode, surtout quand il est de droite, et se sentir constamment opprimé par la société/le système/les riches/les bourgeois/les directeurs/les énarques une habitude bien franco-française. De plus il est curieux de voir des gens contester l’adéquation d’un système (le CPE) avec un monde qu’ils ne connaissent pas ou peu (celui des entreprises) ; un peu comme quand les lycéens viennent contester la réforme du BAC alors qu’il ne l’ont pas encore passé et qu’ils n’ont que peu d’idée de ce qu’il y a derrière. Tout cela sent la manipulation à plein nez, les discours formatés, les pensées approximatives. Bravo donc de ne pas rentrer dans ce jeu et d’essayer d’exprimer une voix que l’on entend peu dans les médias conventionnels.
L’adéquation des formations universitaires est un pan du problème, mais je pense qu’il y a aussi dans la même catégorie le niveau de protection sociale qui existe au niveau des CDIs. Il faut bien comprendre que licencier quelqu’un d’une entreprise n’est jamais marrant, ni pour le licencié, ni pour l’entreprise, mais qu’il y a un grand nombre de cas où l’entreprise n’a tout simplement pas le choix. Une entreprise n’est pas une association caritative, elle n’existe par la loi qu’à la condition sine qua non qu’elle génère de l’argent ; sans quoi, c’est le dépôt de bilan. Elle ne peut pas alimenter des gens à ne rien faire, et elle paie des cotisations à l’assurance chômage pour ça. Pourtant, en France, licencier quelqu’un est dans bien des cas un défi digne de la traversée de l’Atlantique à la nage avec ceinture de plomb et des chaussures de ski aux pieds. Avant de me lapider copieusement, de me traiter de nazi (vu les commentaires au dessus, je m’attend à tout) par pitié, lisez la suite et faites fonctionner les deux lobes qui vous distinguent des batraciens ; imaginez vous aussi que j’étais dans mon adolescence anarchiste révolutionnaire, et que je n’ai jamais habité le 16ème.
Il y a 1 an de cela, j’ai subi un plan social assez massif dans mon ancienne boite ; 130 personnes virées, sur 1000 environ que compte la boite. Bien entendu, sur le coup, on a la haine, on se sent ejecté comme une vieille chaussette, surtout quand les cravatés qui vous licencient sont fraîchement arrivés et que vous êtes dans la boite quasiment depuis sa création. Cela dit, vu la suite, la rage d’être licencié se transforme bientôt en cafard quasi quotidien puis en guerre d’usure tant le processus est long et compliqué : 6 mois entre l’annonce du plan social (où il est clair qu’à partir de ce point vous n’en foutez plus une rame) et le licenciement effectif (fin du préavis). Imaginez vous 6 mois à ne pas savoir où vous en êtes, dont 3 à venir au boulot pour ne rien y faire sous peine de licenciement pour abandon de poste, puis 3 à broyer du noir à la maison, à recevoir des refus, à vous lever à 1h de l’aprèsm pour aller chez casto acheter de la peinture pour plafond. Le pire pour la boite, même si c’est bien pour vous, c’est que vous êtes payés pendant 6 mois et que vos batailles de position vous ont fait gagner en plus des indemnités de licenciement substantielles qui peuvent atteindre 1 année de salaire. Pas étonnant après que les entreprises n’osent plus embaucher personne. D’ailleurs, après une bonne galère, me voilà dans une nouvelle boite, bien grosse celle-là, plutôt très bien.
Ici, c’est encore pire : si je veux embaucher une personne il me faut faire un dossier de dérogation qui doit passer au minimum dans les mains de tous mes chefs jusqu’à mon N+3 et être examiné par 2 ou 3 commissions diverses, comités variés, plus les RHs qui bien sûr vont vouloir y mettre leur grain de sel. Le process dure environ 3 mois, et l’issue en est à 90% un refus. La raison ? Plus personne ne veut prendre la responsabilité d’avoir à payer quelqu’un pendant des mois de négociations puis de devoir lâcher un package financier plus que conséquent si jamais on doit licencier la personne pour une raison quelconque (compétences de mauvaise qualité/inadéquation de la personne/projet qui tombe à l’eau). Un licenciement coûte tellement cher, aujourd’hui, qu’il en devient un épouvantail pour qui veut embaucher. Les syndicats, très présents dans cette nouvelle boite, n’arrangent rien, car ils complexifient d’un facteur 100 tout changement social de la part de l’entreprise.
Pour revenir à ma petite expérience de plan social, j’aurais nettement préféré être viré au lance pierre et retrouver un travail immédiatement, un peu à la sauce anglo-saxonne, que d’être indemnisé à glander chez moi pendant 6 mois, refaire la peinture de mon appart et déprimer sur les sites de recherche d’emploi.
Après, pour en revenir à ton article, dans mon équipe actuelle, il n’y a pas une seule personne issue du milieu universitaire. Comprenne qui voudra.
Content de voir que tu n’as pas perdu ton pep’s. Désolé d’être venu, il se trouve que le sujet m’intéresse, là je ne pouvais pas passer à côté. Bonne continuation,
lucky
29/03 15:06 - Christine
Je trouve votre manière d’aborder la question du CPE intéressante, et originale dans ses (...)
24/03 09:44 - Fred95
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23/03 00:08 -
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22/03 23:44 -
a thomas la précarité personne en veut,le cpe c’est un cadeau pour le medef,pour le (...)
22/03 23:33 - sf
Je suis en parti d’accord avec l’article (je vais etre diplome en septembre (...)
21/03 20:57 - Patric Kruissel
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