Chère Annie, quand on utilise l’expression « Je ne donne pas cher de votre peau » on cherche à provoquer une inquiétude vitale. Il n’est pas honnête de prétendre ensuite qu’il fallait l’entendre au figuré. C’est toujours la même chose, on lance « Je le pendrai à un croc de boucher » et quand on doit rendre des comptes on répond que c’était à prendre au figuré (moi je ne savais pas que ça existait au figuré)
Il ne faut pas utiliser des expressions hystérisantes quand on est en train de parler d’une révolution. On la voudrait douce, évidemment mais ce n’est surtout pas le moment d’utiliser des expressions évoquant celles des Khmers rouges par exemple.
A propos de figuré, dans les jours qui précédaient le massacre des Tutsis, le leader des Hutus répétait « Il faut couper les grands arbres » C’est mimi hein ?
Bon, concernant le fond du problème que vous soulevez. Vous nous dites que selon ce que vous avez entendu comme réflexions sur AV, vous avez l’impression que certaines minorités vont souffrir davantage dans une démocratie directe. Alors, que vous n’avez aucune preuve que 51% des votants vont sacrifier certaines minorités, vous l’extrapolez ou le déduisez avec une telle conviction que cela vous suffit pour justifier votre refus de ce modèle de démocratie.
Vous savez, Annie, la démocratie, contrairement à ce qu’on croit souvent, ça suppose un certain courage et une bonne dose de confiance dans l’échange verbal.
Le discours est consubstantiel à la démocratie. On ne conçoit pas de démocratie muette. Alors être démocrate c’est adorer parler et écouter en étant convainciu que de cet échange il résultera moins de sauvagerie, moins d’insultes, plus d’urbanité.
Si vous doutez de vos capacités à convaincre les autres par le discours, préférez la dictature, on n’y dit plus rien.
Vous nous dites que les handicapés, les chômeurs, etc ne font pas partie du plus grand nombre et qu’ils sont souvent exclus des espaces participatifs. Dites-moi quel jour, dans le système actuel que vous défendez (en toute relativité j’imagine) vous avez vu des handicapés, des chômeurs, des schizophrènes, des danseurs de Butoh, participer aux débats dans nos Assemblées ?
Alors que c’est précisément dans la formule que je propose que tous ces gens pourront participer (il se pourrait très bien qu’il y ait en ce moment, parmi les intervenants d’AV, plusieurs personnes relevant de ces catégories que vous évoquez)
Et permettez-moi de vous dire qu’en dehors des handicapés lourds, tous les autres clavardent sans que quiconque puisse se rendre compte de leur état ou situation ou catagorie, comme vous voudrez. Il se représentent infiniment mieux eux-mêmes que par l’intermédiaire d’un représentant qui n’en est pas.