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Commentaire de easy

sur Infanticides encore : quid de la responsabilité du géniteur ?


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easy easy 31 juillet 2010 12:18

Ce qui caractérise l’humanité (le sentiment humaniste) c’est la solidarité d’abord (mais ça beaucoup d’animaux la pratiquent) et l’entraide au sens où on l’accomplit malgré tout, malgré les différences, malgré le fossé, malgré le désaccord. C’est quand on prouve que le sang, que la vie des autres est toujours sacrée. 

L’entraide entre soldats de la même armée, n’a rien du sentiment humaniste, au contraire. C’est l’entraide entre ennemis (Cf. Joyeux Noël) qui relève du sentiment humaniste. C’est la Croix-Rouge qui aide les blessés des deux camps qui est humaniste.


Le sentiment humaniste est rare. Si nous ne nous entretuons pas plus souvent, c’est parce que nous n’avons pas le droit de le faire, pas par humanisme. Dès qu’un droit nous est donné de tuer ou de lyncher, la plupart d’entre nous en profitent (en tous cas suffisamment d’entre nous en profitent pour que le sang coule).

Des mères tuent leur enfant.
Quelques fois en meutre unique qui les traumatise (comme un avortement traumatise) et quelques fois en série, et avec le même géniteur et là, il est clair que leur premier infanticide ne les a pas traumatisé. Elles sont dans une bulle dans laquelle le concept d’amour universel, étendu à tous, à n’importe qui, semble ne pas avoir de place.
Lyncher une personne parce qu’elle n’a pas de sentiment humaniste, c’est valable pour ceux qui, comme une telle criminelle, n’ont pas trop ce sentiment en eux ou s’asseoient facilement dessus dès qu’ils se trouvent quelque bon droit, voire un devoir de le faire.

Un humaniste va toujours chercher à partager, à reconnaître une responsabilité commune. Dès qu’on a cette obsession ou névrose, on peut effectivement trouver toutes sortes de preuves qu’on est co-responsable du déraillement d’un train à l’autre bout du monde. 

J’ai passé mon enfance dans deux très sales guerres et j’ai cette névrose ou obsession de toujours réunir, jamais séparer. Comment je juge les cas d’infanticide en série, ou les cas Kerviel ou Polanski ?
Essentiellement dans leur attitude après. Leur attitude APRES dépend essentiellement de l’attitude des sages face au constat de leur crime. Ca dépent de la manière dont on les stigmatise, les isole et les pousse vers l’abîme. Car quand on chope une personne pour la traîner vers une branche, même une personne qui n’a pas grand chose à voir avec ce dont on l’accuse, elle va sortir un couteau de sa cuisine et mouliner tout ce qu’elle pourra. Bec, griffes, dents, insultes, elle utilisera tous les moyens contre la meute hystérique qui veut la tuer. Elle joue sa vie d’urgence, elle ne peut pas réfléchir, méditer, soupeser, partager puisqu’elle est aux abois (et elle a une sale tête du coup). Trop menacée, trop effrayée une telle personne ne peut qu’apparaître repoussante, bestiale comme ses pourchassant se plaisent à dire. 

Si en aucun endroit on ne reconnaît le moindre partage de responsabilités avec elle, la personne accusée se sent isolée et joue l’isolement (ce que Jeanne d’Arc aurait fait lors de son procès. Infiniment isolée elle s’écartait des hommes, se rapprochait de Dieu et pouvait apparaître folle aux yeux de qui en avait envie)

Quand des criminels, même en série, sont chopés et traités avec humanisme, ils sortent souvent de leur embullement (self-endoctrinement ou encartement) et faire preuve non pas de repentance puisque c’est un concept flou, fourre-tout, non objectif, inquisitorial (on prétend lire la pensée d’autrui) et infiniment exigeant pour les procureurs, mais d’une sortie de la vision originelle. Ils peuvent se dire « C’est fini, je ne recommencerai plus jamais un truc pareil ». Et ils ne recommencent plus. Le nombre de gens qui ont commis une faute, même non officiellement condamnable comme par exemple abandonner son chien, son enfant ou son conjoint ou accuser à tort quelqu’un, et qui ne recommencent plus jamais, est inconnu mais forcément énorme. Nous sommes très, très nombreux à ne jamais récidiver nos erreurs (y compris en matière de drogue, d’alcoolisme, de conduite dangereuse, etc.)

Nous apprécions quand, après avoir forcé sur la vitesse, les gendarmes nous arrêtent et nous offrent un désembullage avec humanisme au lieu de nous coller direct un PV. Nous ressentons cet esprit « d’entraide malgré tout » et nous ne pensons pas « Connard ». Et c’est très souvent qu’ensuite, dans un esprit plus fraternel et responsable, nous levons le pied. 

Il faut traiter les mères infanticides, même en série, avec le plus d’humanité pour les faire sortir de leur bulle. Et dans ce mouvement d’entraide malgré tout, il est totalement illogique d’écarter du principe du partage des responsabilités, leur conjoint. 

Ecarter le conjoint du Partage, c’est poser clairement l’idée qu’untel, qu’un autre, que tout le monde, même quelqu’un d’extrêmement proches d’elle, peut être exclu de responsabilités dans ce drame. Exclure les proches de toute responsabilité c’est super exclure les moins proches de toute responsabilité. C’est le propre des juges d’Etat de s’exclure de toute responsabilité dans les fautes de ceux qu’on soumet à leur jugement. Le roi peut juger parce qu’il est innocent.

Juger en parangon de vertu, c’est donc isoler infiniment celle qui a tué et c’est augmenter son embullement (qui vaut un embullement de Brigade Rouge, d’ETA ou de Talibans). La condamner par un super isolement, c’est la punir, la faire souffrir en prétextant que c’est pour qu’elle blanchisse, pour qu’elle se purifie ou pour qu’elle paye. Alors qu’il ne s’agit que de vengeance, de défoulement et de sacrifice d’autrui au dieu volcan.


Dans la mise en examen -qui veut essentiellement dire qu’on examine tout ce qu’il y a à examiner- il serait humaniste d’examiner sinon les 6 milliards de personnes qui font ce Monde, du moins les 15-30 personnes qui font le contexte de cettepersonne. Chaque fois qu’on est dans un cas où il n’y a pas de risque évident que le criminel recommence immédiatement un autre crime, il faut le traiter comme tous les examinés de son affaire et tous les examinés doivent alors être traités avec humanisme, ce qui renvoie à redéfinir la mise en examen et aussi la GAV.

Que ce soit Treiber, Jeanne d’Arc ou Kerviel ou Salem, il fallait examiner tout un groupe et leurs père et leur mère, non une seule personne.

Rien n’est plus absurde que d’isoler une personne alors qu’on lui reproche une attitude isolée.


On doit examiner le groupe dans lequel a évolué celui qui a découvert le virus du Sida et on doit examiner le groupe dans lequel a évolué celui qui a commis un crime. Il reste possible de remettre le prix Nobel à une seule personne mais on doit citer son équipe et même ses rivaux qui l’ont aiguilonné. Il reste possible de condamner plus spécifiquement une personne unique mais on doit dire les moindres co responsabilités de son groupe.

On se doute bien que les parents d’un criminel se disent in petto qu’ils ont une part de responsabilité. On se doute bien que le mari d’une femme qui tue ses enfants, qui avorte, qui les abandonne, se dit in petto, qu’il y est pour quelque chose. Alors pourquoi ne pas traduire officiellement ce fait du partage des responsabilités ? Parce qu’on a tous le méta souci d’être innocent. C’est parce que nous tous, nous tenons à notre innocence, parce que nous préférons nous poser en victimes plus qu’en responsables, que nous acceptons depuis des millénaires qu’une personne se retrouve absolument isolée.
 « Lui là, dans le volcan, et on sera tous blanchis, épargnés ! »


Rien que ma manière de recourir au NOUS en irrite déjà des milliards qui préfèreraient ne pas être impliqués dans ce que je dis. « Arrête Easy, je n’ai rien à voir avec ça, je suis innocent, lâche-moi ». C’est le cercle vicieux de l’innocence et non celui du crime qui est le problème de fond.

Qu’à chaque début de guerre, chacun déclare qu’il est co-responsable de la tension et la guerre n’aura pas lieu. Que chacun se prétende innocent et elle a forcément lieu.

Ce qui se passe au premier plan est qui est contrôlé est TOUJOURS un masque. Accuser autrui (comme nous le faisons à longueur de topics ici) masque la réalité de notre besoin de nous innocenter. Dieu seul sait de quoi, lui qui a séparé les hommes en coupables d’un côté et innocents de l’autre.


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