Un petit complément sur le terrain fort instructif :
A Vitry, les habitants sont nombreux à avoir vu des extraits de « La
Cité du mâle », postés sur Internet. Ils se disent « estomaqués ». Comme
avant eux les résidents de Tremblay-en-France filmés par TF1 (« Mes
voisins sont des dealers »), ou ceux de Sarcelles par M6 (« Un été dans
la cité »), ils estiment que le documentaire donne une image négative de
leur quartier. « Vitry n’est pas Kaboul ! » Les jeunes pointent des
erreurs : « Les images n’ont pas été tournées dans la cité Balzac. » «
Rachid n’est pas le meilleur ami du meurtrier de Sohane, il n’est même
pas d’ici, c’est un bourge qui vit dans un pavillon. » « Okito n’est pas
chef de bande il n’a pas “saigné sa soeur”, il l’a frappée. »
Coordinatrice de projets au centre social Balzac, Khoukha Zeghdoudi
interroge : « Pourquoi s’être concentré sur quelques jeunes qui n’ont
aucune conscience du poids des mots ? » Elle reconnaît que les insultes
se sont banalisées, que le machisme et les violences existent, que les
hommes sifflent les filles. « Mais s’ils étaient aussi barbares que dans
le film, je changerais de métier ! La mort de Sohane est heureusement
un cas isolé. » Les relations filles-garçons en banlieue sont l’un des
sujets les plus complexes à traiter. Selon Luc Bronner, journaliste au «
Monde », auteur de « La Loi du ghetto » (Calmann-Lévy), la brutalité,
les tensions sont moins liées à des motifs culturels ou religieux qu’au
ressentiment que les garçons nourrissent face à la réussite des filles. A
tous les niveaux – scolaire, social, judiciaire–, les filles s’en
sortent mieux. Ce fossé pousse les pères et les fils à se replier sur
des logiques machistes. Mais, pour décrypter tout cela, il faut du
temps.
La banlieue devenue un cliché
Cette polémique renvoie au traitement médiatique de la banlieue,
enfermée dans les faits divers, souvent survolée rapidement. « Les
habitants des quartiers n’ont pas de porte-parole ni de représentants
qui maîtrisent les codes médiatiques, regrette Nordine Nabili, rédacteur
en chef du Bondy Blog. Ils se sentent souvent trahis. » Effet boomerang
: les journalistes sont souvent aussi bien reçus que les policiers... «
Si la fracture se creuse encore, poursuit Nordine Nabili, il deviendra
impossible de faire des reportages dans les cités. »
http://www.elle.fr/elle/Societe/News/Machisme-en-banlieue-le-docu-qui-fait-polemique/