Il est vrai que l’exploitation de l’homme par l’homme n’est pas spécifique au capitalisme. C’est une spécificité de l’être humain dans son état de conscience actuel (aussi loin que porte notre regard et nos connaissances on n’a pas la connaissance d’un autre état au niveau collectif). Ce que je disais demeure vrai cependant.
Si l’époque que chronique Zola a pu constituer une quelconque avancée sur celle de l’ancien régime, je ne vois pas où de manière globale. La révolution de 1789 a consisté en un basculement du pouvoir de l’aristocratie vers la bourgeoisie. Je ne parierai pas que le peuple en ait été plus heureux. Pas de progrès vraiment profond donc.
Les vrais progrès sont arrivés par la lutte des classes, comme fruit d’une prise de conscience : si la majorité sait s’unir elle sera nécessairement plus forte que ses exploiteurs. C’est cette pensée qui a historiquement animée les marxistes et les anarchistes (que l’on oublie systématiquement malgré leur rôle majeur au XIXè siècle et jusqu’en 1936).
La démocratie, malgré ses belles déclarations d’intention, n’a jamais suffi pour garantir le moindre droit concret et appliqué. Toutes les avancées sociales ont été gagnées par le rapport de force. Faut-il rappeller 1789, 1936, 1945, 1968, entre autres ?
On argue souvent que notre niveau de vie s’est élevée considérablement et on aime mêler cette idée avec celle du capitalisme. C’est au mieux un contre-sens et un amalgame, au pire un intoxication et une propagande. Si la première cause de ce mieux vivre est le résultat d’un transfert de richesse des propriétaires de capital vers les travailleurs (cf les dates ci-dessus) la seconde découle de la technologie.
Or le développement de la technologie est une conséquence du travail de recherche scientifique, lequel nait des lumières et de considérations cosmogoniques (Descartes, déterminisme etc...). Le capitalisme nait aussi de ce changement de vision du monde. Cela en fait un cousin ou un frère, mais cela ne lui permet pas de s’attribuer légitimement les faits et actes de son parent.
Mais si la valeur centrale de la recherche scientifique est le rationnalisme (on veut expliquer le monde par un ensemble exclusif de relations de cause à effet, en associant tout mystère à un manque de savoir), la valeur centrale du capitalisme est la cupidité. On postule, certes, que les retombées profiteront à tous, mais le centre n’est pas là. La preuve : si les faits viennent infirmer cette redistribution automatique de la « main invisible », on refuse de remettre en cause le système, de remédier au problème, et pour cause. Ce générosité des miettes n’est qu’un effet secondaire, car ce qui est au coeur, c’est le refus catégorique de partager le capital, c’est à dire le plat principal.
Et le désir de tout posséder est tellement fort, tout comme celui de la science qui veut tout comprendre, que le capitalisme revendique même ce qui est immatériel. A l’écouter, les progrès du confort matériel, qui sont le fait de la science, lui sont attribuables. Il revendique même les valeurs de la démocratie, qui pourtant s’opposent frontalement aux siennes.
Si l’on voulait approfondir les rapports entre capitalisme et démocratie il faudrait un article entier. Certaines valeurs sont communes, mais le coeur s’oppose. Et pourtant, le capitalisme a su s’accomoder merveilleusement (de son point de vue) de la démocratie. Pour un détail de cette dynamique et de cette histoire je vous renvoie au travail brillant de Noam Chomsky.
Ce dont le capitalisme peut légitimement se vanter, c’est d’avoir favorisé la diffusion et l’exploitation
du savoir scientifique et technique. Rien ne laisse penser que le capitalisme (que l’on connait aujourd’hui sous sa déclinaison néolibérale) soit le seul ou le meilleur système à ce sujet. On peut d’ailleurs imaginer assez aisément une autre utilisation de la technique qui soit plus profitable et plus équilibrée. C’est ce que proposent, par exemple, les allumés du Venus Project.
Force est de reconnaitre que si dans un premier temps l’exploitation capitaliste de la technique a apporté du mieux être, elle menace aujourd’hui de détruire l’homme en intoxiquant son biotope. A bout du compte on retrouve dans les faits la structure de l’intention : la cupidité comme centre, le bénéfice collectif comme effet secondaire voire comme incantation.
La dynamique propre au capitalisme ne se camoufle même pas. La valeur centrale est l’accumulation, et l’accumulation pour soi-même, que l’on soit une personne physique ou morale. Que la redistribution des cartes post-1789 ait profité à d’autres qu’aux grands bourgeois c’est fort possible, mais c’est encore un effet secondaire. La situation de la classe ouvrière au XIXè siècle en témoigne.
Une fois démélés ces fils dont l’entremellement tresse l’Histoire, est-il nécessaire de répondre aux attaques personnelles ? C’est moins intéressant.
L’interprétation que vous faites de mes propos ne regarde que vous. Si les pays non-occidentaux sont pauvres tandis que nous sommes riches, ce n’est certainement pas lié à l’absence de « démocratie » chez eux. Mais bien davantage aux ravages de la colonisation et du pillage économique qui se poursuit sous des prétextes renouvelés. Le capitalisme, quand à lui, s’applique là-bas avec plus de force encore qu’ici, car nous avons localement développé des garde-fous et des contre-pouvoirs par les luttes sociales. Si nous avons pu développer ces résistances ce n’est pas parce que nous sommes plus intelligents ou plus évolués. C’est simplement le résultat des rapport de forces. La supériorité militaire initiale que la technologie a apporté aux armées occidentales a été maintenue au fil du temps dans tous les domaines par la force. On peut aussi remarquer qu’il est plus facile d’attaquer un pouvoir qui siège chez soi plutôt qu’à l’étranger. De la même manière le fait que ce pouvoir soit parti aux Etats-Unis complique aujourd’hui la tâche des militants européens.
La doctrine centrale qui met en branle l’impérialisme contemporain est celle du néolibéralisme. Il s’appuie sur une idéologie : le libre-marché s’autorégule. Il est sanctionné dans les faits par l’injustice des règles du jeu : l’occident peut subventionner massivement son économie, par divers moyens, ce qui revient à dresser des barrières douanières ; tout en forçant les économies fragiles à démanteler les leurs. Les penseurs du libéralisme économiques écrivent eux-mêmes que deux économies doivent être préalablement au même niveau pour que la fameuse autorégulation puisse fonctionner.Enfin, cette absence de régulation provoque des déséquilibres et des excès que personne ne remet plus en cause depuis la crise de 2007, mais au sujet desquels aucun responsable n’agit. Et pour cause. Le système est confiscatoire et ses bénéficiaires se battront jusqu’à la mort pour sauver leurs privilèges.
Les confessions autobiographiques que vous imaginez m’ont bien fait rire tellement elles sont éloignées de la réalité. Sachez, si cela peut vous intéresser, que j’ai toujours su conserver un rapport sain avec la télévision. Je la regarde assez peu en direct, j’enregistre ce qui m’intéresse, j’archive ce que je préfère. Essentiellement des films documentaires. Il se trouve que je suis aussi réalisateur de docs.
Pour les « isolas sociologiques » c’est encore complètement faux, dois-je aussi vous décrire mon niveau de vie et mes sources de revenus ?
Cordialement,
Raphaël
26/10 18:29 - Raphaël
26/10 12:17 - Raphaël
Il est vrai que l’exploitation de l’homme par l’homme n’est pas (...)
26/10 08:18 - eric
Quel fatiguant tissu d’âneries répétitives, racistes et nombriliques ! Ne craignons pas (...)
26/10 01:43 - Pierre Boisjoli
Vous avez raison. La télévision a un biais systématique en faveur des bien nantis et des (...)
25/10 21:45 - BA
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25/10 21:17 - Yul B.
Salut Raphaël, Nous avons dans cette rubrique Tribule Libre, concomitamment posté un billet (...)
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