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Commentaire de easy

sur Nous avons abusé de Cantona


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easy easy 9 décembre 2010 11:11

Ces mots n’ont pas été tellement prononcés dans les commentaires mais ils y sont présents en filigrane et surtout, ils ont été souvent prononcés dans les vidéos traitant du problème économique : les mots « responsable » & « irresponsable »

Leur cas me fait penser au mot amateur qui peut vouloir dire tantôt « peu crédible », tantôt « fin connaisseur ».

Je vois deux champs sémantiques principaux au mot « responsable ».

Quand on dit à un employé qu’il sera désormais responsable d’un groupe de travail, le mot « responsable » a une connotation titrante ou diplomante (celui qui est nommé responsable en fera étalage dans ses prochain CV) . En ce sens, devenir responsable vaut souvent une promotion et une gratification salariale. C’est plutôt une reconnaissance valorisante et le titulaire arbore la banane. Sa nomination ressort comme la sanction positive d’un mérite et il n’est pas d’usage d’en discuter (aux jalousies près). En ce sens, si l’action du nommé responsable virait à une catastrophe, ses détracteurs chercheront à établir que sur ce plan formel, valant juridique, il était bien le responsable de l’action menée et qu’à ce titre, il sera celui qui devra repondre des conséquences fâcheuses de sa direction. Il subira une sanction proportionnelle aux gratifications ou primes de risque que lui avaient values sa nommination.

Et puis il y a un autre champ sémantique où l’on utilise le mot « responsable » pour dire qu’une personne, même non officiellement titrée ou mandatée, devra être sanctionnée ou rejetée en raison de ses responsabilités, sans s’appesantir sur le fait qu’elles ne sont en rien officielles, qu’elles n’ont en rien été payées par un sursalaire. On a alors une personne accablée qui va se défendre en commençant par dire qu’elle n’est en rien responsable de la catastrophe pour n’avoir même pas été responsable de quoi que ce soit avant.

Dans ce second champ sémantique, plus informel mais aux conséquences souvent très graves pour l’accusé, on retrouve systématiquement un mêli-mêlo des deux mots « responsable » et « irresponsable ». Du même mis en cause, on dira qu’il est le responsable de la cata et qu’il s’est comporté en irresponsable. Ce qui est pour le moins bizarre

La langue française, peut-être depuis que la Sorbonne existe, est le meilleur outil du diable qui peut faire qu’une même personne peut être traitée à la fois de responsable et d« irresponsable lorsque les autres sont mécontents de leur sort et cherchent un bouc émissaire. 

Lorsqu’on se retrouve à être traité en un même moment cathartique, de responsable et d’irresponsable, on peut être sûr qu’on ne nous veut pas du bien et qu’on risque sa peau, au moins au sens de la porte ouverte au suicide. Sucide car, pour l’accusé qui risque le lynchage, plus rien n’est clair, tout devient ambivalent, schizophrénique (au sens commun). Quoi qu’il puisse dire pour sauver sa peau, il sera balloté entre les Charybde et Scylla que representent ces deux qualificatifs

Parce que je tiens à ce que mon sujet reste centré sur le cas de Cantona-bank-run que j’érige en paradigme du genre, je souligne donc que l’on a clairement entendu les deux qualifiations à son sujet. Pas toujours, mais parfois prononcées par les mêmes accusateurs. 
 »Il est responsable du bank run et il s’est comporté en irresponsable"


Mon propos était de faire ressortir (peu importe la question de fond, si c’était judicieux ou pas de faire un bank run) que cette double étiquette, dangereuse pour Cantona, n’est pas juste et que nous devrions, dès lors que nous aurions un tant soit peu buzzé sur ce bankrun (en pour ou en contre, peu importe) reconnaître le partage des responsabilités éventuelles et des irresponsabilités tout aussi éventuelles entre nous.

L’idée étant de ne pas le laisser assumer seul les coups et les insultes (comme nous l’avons trop souvent fait au sujet de Bové).

Dans un pays où l’on sait tous utiliser les terribles ciseaux que représente cette double et dangereuse étiquette de responsable et d’irresponsable, il serait bon que par moments, nous nous rassemblions, ne serait-ce que par principe voltairien, autour de celui qui risque ce mauvais sort (Bové, Assange, Cantona...)


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