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Commentaire de Cédric

sur L'île Lohachara a disparu


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Cédric (---.---.172.188) 26 janvier 2007 11:56

Bonjour à tous,

Première remarque que je souhaiterais faire : j’ai comme un léger doute sur les arguments géologiques avancez plus tôt, concernant la disparition de ces îles indiennes. Aucun point chaud dans cette région n’est/n’a été défini, remettant en cause la notion même d’atolls d’un point de vue géodynamique. D’un point de vue morphologique, ce ne sont pas non plus des îles « coraliennes », ne remettant cependant pas en cause la construction d’édifices coraliens à leur proximité (ce qui est un phénomène annexe).

Si mes souvenirs sont bons, ce sont en réalité des îles formées par accumulation de sédiments terrigènes, comme il s’en forme chaque année dans les lits des fleuves mondiaux. Elles sont donc plus ou moins identiques aux bancs de sables de la Loire ou de la Gironde par exemple, à ceci près qu’elles sont construites sur un substratum rocheux plus dure, de type probablement granitique ou conglomératique, qui a donné une légère rugosité morphologique au lit de la rivière dès le départ (d’où leur constance au cours du temps).

Ce n’est donc pas un phénomène étonnant. Les fleuves peuvent connaître au cours de leur vie une capacité érosive variable, proportionnellement à leur flux intrinsèque ; cette variation se fait à grandes échelles temporelles (échelle du millier d’années voire, dans certains cas, de la centaine de milliers d’années), moyenne échelle temporelle (échelle de la centaine d’années) et petites échelles temporelles (échelles de la dizaine d’années, de l’année ou encore saisonnière). D’une façon générale, cela revient à dire que :

(1) le charriage des sédiments se fait en fonction du courant, plus le courant est fort plus le fleuve érodera, plus les particules partiront loin en fonction de leur taille et

(2) le courant construit à la fois le lit et l’éventail sédimentaire profond au droit du fleuve, plus lon en mer (jusqu’à 400 km pour certains fleuves).

C’est une lois très connue des sédimentologues, qui s’appelle la loi de Hjulström. Elle permet de corréler la taille des particules sédimentaires avec la vitesse du courant en définissant trois champs : érosion et transport (a), transport (b) et sédimentation (c). Il apparait donc que le façonnement du lit d’une rivière ou d’un fleuve est dépendante de la « solidité » des roches qu’il/elle traverse, elle-même dépendante de façon indirecte aux facteurs érosifs tels que le courant.

Autrement dit, si un fleuve traverse des sols relativement meubles, ces sables auront une claire tendance à être érodés dans les endroits où le courant est fort et à se déposer dans les endroits où le courant est suffisamment faible. De même, une boue se déposera plus loin en mer qu’un sable grossier ou qu’un conglomérat. Il y a donc une hiérarchisation sédimentaire spatiale, en quelque sorte.

Dans les grands fleuves, tels que le Gange, l’Amazonne, le Mississippi, le Zaïre et bien d’autres encore, des phénomènes de « mouvements d’îles » (on parle en fait de migration) ont déjà été décrits largement dans la littérature. C’est aussi le cas pour la migration des méandres, des terraces ou autres. Cette migration peut être amoindrie (mais non nulle) en fonction de la couverture végétale ou en fonction des installations en « face directe » au courant.

La seule différence observée ici est que les îles en question sont habitées, ce qui rajoutent indéniablement une dimension humaine. Ce phénomène n’est donc pas forcément connu d’un tout un chacun, mais des phénomènes similaires existent partout dans le monde. Tout le monde ne navigue pas forcément sur la Gironde par exemple, mais c’est un fleuve relativement dangereux en ce qui concerne les mouvements journaliers de bancs de sables à son embouchure.

Vous aurez aussi compris qu’il n’y a aucun rapport évident avec un potentiel changement climatique. Ce n’est pas parce qu’un fleuve connait des crues au cours de sa vie qu’il y a un changement climatique. Ce n’est pas non plus parce que des îles sont appelées à disparaitre qu’il y a un rapport avec un changement climatique. Tout bon chercheur là dessus vous dira d’ailleurs qu’IL N’Y A PAS DE CORRELATIONS ENTRE LE CHANGEMENT CLIMATIQUE ET LA METEO ANNUELLE (ce qui est, en fin de compte, le moteur de la capacité érosive d’un fleuve).

Bien à vous, Cédric


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