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Commentaire de Éleutheria

sur Quel régime pour la Grèce ?


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Éleutheria 26 mai 2012 01:45

Bonsoir Olivier Cabanel,

Vous avez tort à propos de la drachme, la Grèce a tout intérêt à sortir de l’eurozone et à récupérer la drachme. Vous dites que la Grèce importe et que ça lui coûtera plus cher avec la drachme, mais ce raisonnement est faux. Il implique une vision totalement stationnaire de l’économie, comme si le fait que la Grèce « importe 40% de ses produits alimentaires » était une donnée éternelle, immuable, comme si cela ne pouvait pas changer.

Pour la Grèce, le fait d’être un pays importateur n’est pas un bienfait mais un fléau. Tout comme pour la France et les autres pays qui, à cause du taux de change exorbitant de l’euro, ont un fort pouvoir d’achat pour importer des produits mais ne peuvent en revanche pas exporter. Ce n’est pas une donnée que l’on doit accepter ainsi, comme si elle était évidente, normale, même saine. L’euro provoque un très fort déséquilibre de la balance commerciale de tous les pays dits du sud, y compris la France. Depuis l’adoption de l’euro, le solde de notre balance commerciale extérieure n’a plus jamais été positif. C’est une véritable catastrophe.

Ainsi, pour la Grèce, le renchérissement des produits à l’importation, notamment des produits alimentaires, n’est pas un problème mais au contraire une partie de la solution. Il deviendra plus avantageux pour les Grecs d’acheter les produits alimentaires grecs plutôt que d’en importer de l’étranger. Cela permettra la renaissance de l’agriculture grecque. Pourquoi les Grecs ne pourraient-ils pas produire les aliments destinés à leur propre marché intérieur ? Pourquoi devraient-ils forcément les importer, condamnant ainsi leur agriculture à mort ? Il faut bien qu’il y ait une activité économique en Grèce, il faut bien qu’ils produisent. Sinon les Grecs n’auront aucun revenu et ils ne pourront à terme plus rien acheter, ni ce qui est produit en Grèce ni ce qui est importé.

Si la même chose se produisait en France, si l’on abandonnait l’euro et qu’avec le nouveau franc dévalué, il devenait moins cher pour un Français d’acheter des aliments produits en France plutôt que d’acheter allemand et espagnol par exemple, nos agriculteurs ne s’en porteraient que beaucoup mieux ! L’abandon de l’euro et la dévaluation de la nouvelle monnaie par rapport à d’autres monnaies, notamment le dollar et l’euro résiduel ou un nouveau Deutsche Mark, provoquerait ipso facto un rééquilibrage de la balance commerciale extérieure de la Grèce, ce qui serait extrêmement bénéfique, et c’est même vital et urgent !

Je vous invite à lire ce qu’écrit Jacques Sapir à ce sujet. De mémoire, il explique que l’ont peut classer les produits importés par la Grèce en trois catégories :
1°) Les importations incompressibles : celles de produits, notamment des hydrocarbures, dont la Grèce a absolument besoin et qu’elle ne pourra de toute façon pas produire elle-même (encore qu’il paraît qu’on a trouvé du pétrole en Grèce) ; les Grecs devront donc continuer à acheter ces produits à l’étranger et ça leur coûtera plus cher (+3%, mais je pense qu’il donnait ce chiffre pour l’Espagne, la dévaluation grecque serait un peu plus importante me semble-t-il) avec la nouvelle drachme dévaluée.
2°) Les importations de produits qui pourront immédiatement être remplacées par des productions nationales, ce qui permettra à l’économie grecque de respirer très rapidement en retrouvant de la croissance et en rééquilibrant sa balance commerciale extérieure.
3°) Les importations de produits qui ne pourront pas être remplacées par des productions nationales dans l’immédiat mais qui pourront l’être à moyen terme, ce qui sera également très bénéfique pour l’économie grecque.

Une nation qui est contrainte à importer et ne peut plus produire est condamnée à mort. Une économie d’acheteurs, ça n’existe pas. Pas plus que signer des chèques n’est un métier. Il y a quelque chose de paternalisme néocolonial à considérer comme une donnée le fait qu’ « il n’y a rien en Grèce » et que les Grecs ne peuvent rien produire par eux-mêmes. On leur impose l’euro, une monnaie terriblement surévaluée, et ensuite on leur reproche de ne rien produire ! Ce dont la Grèce a besoin c’est de croissance (c’est-à-dire de créer de la richesse), de relancer son activité étouffée par l’euro et par les traités européens qui interdisent à une nation de protéger son marché intérieur et de contrôler les flux de capitaux.

Le solde négatif de la balance commerciale d’un pays est un phénomène extrêmement grave s’il s’installe dans la durée. Aucune solution à la crise économique grecque ne peut donc être basée sur l’acceptation de cet état de fait. Il faut s’attaquer au contraire à la cause de ce déséquilibre et le principal coupable s’appelle l’euro (et les traités européens qui imposent le prétendu « libre » échange).

Les Grecs doivent reprendre leur indépendance et leur liberté et rétablir leur souveraineté monétaire, c’est une question de vie ou de mort maintenant.

Si ça vous intéresse, j’ai également écrit un peu sur la question dans mon article sur la Grèce :
http://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/notre-mere-athenes-premiere-partie-117153
http://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/notre-mere-athenes-deuxieme-partie-117156

Vous devriez également lire ce que Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, a écrit sur l’euro. Il a dit que les pays qui en sortiront les premiers seront ceux qui s’en sortiront le mieux. Et lisez encore ce qu’écrivent les économistes Paul Krugman et Jean-Jacques Rosa à ce sujet.

Quant à l’Islande, vous avez tout à fait raison, c’est le chemin que nous devons tous suivre, mais songez bien que si l’Islande a pu faire ce qu’elle a fait, c’est parce qu’elle est un Etat souverain, indépendant, maître de sa monnaie nationale. L’Union Européenne a tout fait pour obliger les Islandais à payer la dette des banksters et jamais la révolution islandaise n’aurait été tolérée dans l’Union Européenne, dont les traités interdisent d’ailleurs totalement ce qui a été fait en Islande.

Cordialement.


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