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Commentaire de nicom

sur Critique Ciné : Prometheus


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nicom 31 mai 2012 19:13

Promo " theus - promesses tuées.

L’abondance de trailers, teasers et autres interviews promo distillant au compte goutte les éléments de l’intrigue afin d’entretenir suspense et impatience, n’ont fait que desservir un film qui petit à petit allait laisser naître la crainte. Pas celle d’un mystère redoutable dont on aurait aimé découvrir l’ampleur et surtout les arcanes à l’écran mais bien celle d’une grande déception, justifiée, à la sortie de la salle. Qu’a t-on appris de plus qu’à travers les multiples outils promotionnels ? Rien ! Rien de plus sinon la morphologie des « ingénieurs » à défaut de leurs desseins, personnalité et surtout de leurs origines. Dans ce contexte permettant d’exploiter à l’infini le champ des possibles, il était permis d’espérer un scénario élaboré abordant les questions métaphysiques et jouant sur des hypothèses plus spirituelles que mystiques et surtout beaucoup plus crédibles et honnêtes. Las ! Les formats hollywoodiens nous serviront bientôt la terraformation au service du créationnisme. Quant au réalisateur, il devra faire pénitence en récitant chaque matin, quinze « Nostromo » et vingt « Je vous salue Ripley ».

Outre ces considérations relatives au « religieusement correct », à vouloir toujours associer art et argent, la production tue la poule aux oeufs d’or et finit par gâcher un univers fantastique au contexte riche en questions et mystères à exploiter, quitte à les dévoiler intelligemment pour mieux en faire naître de nouveaux encore plus palpitants. Car c’est franchement un sentiment de gâchis, de bâclé que l’on éprouve à l’issue de la projection et même tout au long du film. Au lieu de se sentir respecté et invité dans le Prometheus à partager l’excitante découverte d’un inconnu habilement entretenu et prometteur, nous voici face à un blockbuster de série b frisant parfois le z dans les maquillages (Weyland en quasi zombie, mauvais clin d’oeil au Dave Bauman de 2001, le géologue punkisant en proie à un oedème plus comique que crédible), costumes « so kitch », décor (poste de pilotage de foire du trône) ou physionomie des créatures apparaissant parfois sans raison et sous des aspects multiples et ineptes (les vers dans le liquide noir ou celui apparaissant dans l’oeil de Charlie et autres poulpes pédonculés). Que dire de la redondance du coup de l’androïde décapité façon Bishop dont l’effet et la résurrection de 1979 avait fonctionné à merveille, repris dans Aliens et qui aujourd’hui ne trahit autre chose qu’un réel manque d’imagination ? L’image, la 3D, la photographie et certains effets certes de bonne, mais grosse, facture agissent comme un cache-misère destiné à sauver un scénario d’autant plus affligeant qu’il était permis d’en attendre beaucoup, beaucoup plus.

On peut donc répondre cette fois à la question la plus posée à Ridley Scott : " S’agit-il d’un film de la saga Alien ? « . Pour ma part, compte tenu de la dichotomie entre les deux univers du Nostromo et du Prometheus, c’est un  » Non " affirmé. Je préfère rester sur la fin du quatrième volet plutôt que sur ma faim à l’issue de Prometheus incapable d’avaler ce désolant brouet en l’associant à l’univers du huitième passager, prouesse pourtant réussie par les quatre opus de la série qui avaient su rester cohérents, axés autour de l’élément fondateur et ce malgré des scénarios radicalement différents.

Ce préambule en guise de prétexte marketing à une nouvelle franchise est une débauche de moyens au service d’un navet que je n’aurai sûrement jamais l’occasion de revoir mais plutôt hâte d’oublier et de perdre bien au delà de la planète LV223 lui servant de décor. Une suite qui apparaît plus que vraisemblable au regard des empreintes de gros sabots laissées sur place ne ferait que contribuer à sombrer d’avantage dans la médiocrité et un « n’importe quoi » indigne du chef d’oeuvre originel. Ce triste jeu de massacre hollywoodien d’aujourd’hui montre bien toute la difficulté pour une société qui régresse d’aborder les thèmes de son avenir et de son évolution. Moins sérieusement, tout ceci ne m’inspire que cette boutade : « C’est pro mais t’es eu » !!


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