@Dudule,
Ce que j’écrivais n’a même pas le mérite de l’originalité : Je disais que j’étais un peu schopenhauerien (avec une faute que je regrette !) mais je pourrais aussi bien évoquer Beckett ou des pages particulièrement violentes de Thomas Bernard, ou Sartre (dans « Les mots ») ou même Simone de Beauvoir. Ces questions sont aussi au centre des réflexions des trans/post-humanistes, qui sont promises inévitablement à un grand avenir. Ce que je veux dire, c’est qu’aujourd’hui, on peut consentir à « laisser venir » des enfants ou refuser d’en faire, ce qui est très facile. Mais d’un point de vue éthique, je soutiens que ceux qui disent qu’ils ont « voulu » avoir des enfants sont complètement inconscients, et j’incriminerai tout particulièrement ceux qui, rencontrant un obstacle biologique quelconque, feront tout ce qu’ils pourront pour le contourner. C’est exactement l’équivalent d’un crime avec préméditation.
Ecrivant à un âge déjà un peu avancé à sa sa fille Madame de Grignan, Madame de Sévigné, qui aime la vie et craint de devoir la perdre assez vite, lui confie que, tout compte fait, et compte tenu de son scepticisme touchant aux choses de la religion, elle aurait évidemment préféré « mourir entre les bras de sa nourrice ». Cela paraît un peu drôle qu’elle dise cela à une fille qu’elle a mise elle aussi dans une situation qui ne tardera pas à devenir pour elle-même tout aussi embarrassante, mais au XVIIe siècle, on subit toutes ces choses, on ne les domine pas et on bénéficie, de fait, d’une espèce d’innocence qui n’est plus possible aujourd’hui.
Bref, mon sentiment est que l’espèce humaine n’étant pas sur le point de s’éteindre, il vaudrait mieux désormais, sur une petite planète dont les ressources sont assez limitées, inverser la tendance et induire nos contemporains à se reproduire un peu moins. Fabriquer des chômeurs ou multiplier les primates supérieurs que nous sommes dans un mode où il est probable qu’assez vite l’intelligence humaine soit supplantée par celles des systèmes artificiels et des machines conscientes, c’est quand même aller droit dans le mur.