Je trouve dommage que Jeffrey Moussaieff Masson ne soit pas plus évoqué ici. Auteur duRéel escamoté. Le renoncement de Freud à la théorie de la séduction (Paris, Aubier, 1984), en tant que directeur des archives freudiennes à Vienne, il a révélé à quel point Sigmund Freud a préféré renoncé à l’origine traumatique sexuelle de l’hystérie.
Une
expression de Sigmund Freud a été souvent reprise de façon tronquée, c’est celle de
l’enfant comme « pervers polymorphe » ; or si on cite l’affirmation de
Freud dans les Trois Essais de 1905, dans le texte intitulé "La
disposition perverse polymorphe", on comprend que c’est un effet
de l’intrusion sexuelle de l’adulte, et l’accusation en est renversée :
« les influences extérieures de la séduction
peuvent interrompre ou supprimer la phase de latence et la pulsion sexuelle de
l’enfant se révèle alors perverse polymorphe »
(Gallimard, 1987).
« Il est intéressant de constater que l’enfant,
par suite d’une séduction, peut devenir un pervers polymorphe et
être amené à toutes sortes de transgressions. Il y est donc prédisposé." (Trois
essais sur la théorie de la sexualité,
Gallimard - coll. Idées 1962, p. 86)
Autre taduction :
« Il est instructif de constater que, sous l’influence de la
séduction, l’enfant peut devenir pervers polymorphe et être entraîné
à tous les débordements imaginables. Cela démontre qu’il porte dans sa
prédisposition les aptitudes requises ; leur mise en acte ne rencontre que de
faibles résistances parce, que suivant l’âge de l’enfant, les digues psychiques
qui entravent les excès sexuels : pudeur, dégoût et morale, ne sont pas encore
établies ou sont seulement en cours d’édification » (Trois
essais sur la théorie sexuelle, Folio Essais, p. 118)
« L’événement duquel les sujet a gardé le souvenir inconscient est une
expérience précoce de rapports sexuels avec irritation véritable des parties
génitales, suite d’abus sexuel pratiqué par une autre personne et la période de
la vie qui renferme cet événement funeste est la première jeunesse, les années
jusqu’à l’âge de huit à dix ans, avant que l’enfant soit arrivé à la maturité
sexuelle » (L’hérédité et l’étiologie des névroses, Œuvres
complètes, t. III, p. 116).
« Les traumatismes infantiles agissent après-coup comme des expériences neuves,
mais alors de façon inconsciente » (Nouvelles remarques sur les
psychonévroses de défense, Œuvres complètes, p. 128, note 1)..
« […] ces traumatismes sexuels doivent appartenir à la première enfance ( à
l’époque d’avant la puberté ) et leur contenu doit consister en une irritation
effective des organes génitaux ( processus ressemblant au coït ) »
(Nouvelles remarques sur les psychonévroses de défense,
Œuvres complètes, p. 124).
« […] les traumas d’enfant, peuvent en même temps poser le fondement pour la
neurasthénie qui se développe ultérieurement. Enfin, le cas n’est pas rare non
plus où une neurasthénie, ou une névrose d’angoisse, au lieu d’être maintenue
dans son existence par des nuisances sexuelles actuelles, ne l’est que par un
souvenir de traumas d’enfant, qui continue à agir »
(Nouvelles remarques sur les psychonévroses de défense,
Œuvres complètes, p. 129).
Redécouverte par Sandor Ferenczi
« Freud
avait déconseillé à Ferenczi de donner sa conférence ; Brill, Eitingon et van
Ophuijsen ont trouvé celle-ci « scandaleuse » et voulaient absolument
l’interdire. À en
croire Jones, c’est grâce à sa médiation que Ferenczi a quand même pu la
présenter (Jones, III, p. 198-199). La conférence
« Les
passions des adultes et leur influence sur le développement sexuel et caractériel
des enfants » (« Confusion de langue entre les adultes et l’enfant »
[Ferenczi, 1933, 294], Psychanalyse,
IV, p. 125-137) ouvrait la partie scientifique et
« n’a pas fait une
impression particulière » (Eitingon à Freud, le 4.IX.1932, SFC). Ferenczi
savait déjà qu’il souffrait d’une anémie pernicieuse. [Sigmund Freud et Sándor Ferenczi : Correspondance 1920-1933 (Les années
douloureuses), Calmann-Lévy, 2000, p. 503]
« J’ai
pu, tout d’abord, confirmer l’hypothèse déjà énoncée qu’on ne pourra jamais
insister assez sur l’importance du traumatisme et en particulier du traumatisme
sexuel comme facteur pathogène. Même des enfants appartenant à des familles
honorables et de tradition puritaine sont, plus souvent qu’on n’osait le
penser, les victimes de violences et de viols. Ce sont, soit des parents
eux-mêmes qui cherchent un substitut à leurs insatisfactions, de cette| façon
pathologique, soit des personnes de confiance, membres de la même famille
(oncles, tantes, grands-parents), les précepteurs ou le personnel domestique qui
abusent de l’ignorance et de l’innocence des enfants. L’objection, à savoir
qu’il s’agissait des fantasmes de l’enfant lui-même, c’est-à-dire de
mensonges hystériques, perd malheureusement de sa force, par suite du
nombre considérable de patients, en analyse, qui avouent eux-mêmes des voies de
faits sur des enfants. » (Sandor Ferenczi, Confusion de langue entre les
adultes et l’enfant, Petite Bibliothèque Payot, 2004, p. 41-42)
Témoignage d’une personne (la fondatrice de l’Association
Internationale des Victimes de l’Inceste) violée par son père, dans son rapport avec les
dénis de la psychanalyse contemporaine :
« Parallèlement à mon analyse, j’assiste à des
conférences, des colloques et autres cours magistraux donnés par les disciples
de Sigmund. Et je me rends compte qu’avec son complexe d’Œdipe à la noix, il est
facile de rejeter la faute de l’inceste sur les gosses eux-mêmes.
Exactement la défense de mon père... Les silences de mon psy, son côté
« êtes-vous sûre de n’avoir pas fantasmé sur votre père ? »,
tout cela finit par me dégoûter. Quand je quitte définitivement son cabinet, au
bout de six ans d’analyse, je suis dans un état plus lamentable que lorsque j’y
suis entrée. » [Isabelle Aubry,
en collaboration avec Véronique Mougin : La première
fois, j’avais six ans... Pocket, 2008, p.190]