Second extrait :
Avant d’examiner cet exemple tristement significatif de « bonne
interprétation » de la prétendue volonté criminelle de Dieu, écartons tout
de suite l’objection de certains croyants juifs : le Livre de Josué n’est pas
dans le Pentateuque (les cinq premiers livres de la Bible), qui est le seul
Livre fondateur de notre religion. C’est
dans le Livre de la Genèse que « Dieu » anéantit les cités de Sodome
et Gomorrhe (Gen 19, 23) ; c’est dans L’Exode (12, 29) qu’il fait tuer tous les
premiers-nés d’Egypte, et donne l’ordre à Moïse de massacrer son peuple qui a
adoré le veau d’or (Ex 32, 21) ; c’est dans Les Nombres (31) qu’il ordonne l’extermination
des Madianites ; c’est dans le Deutéronome (7-20) qu’il demande à son peuple de
se préparer pour l’extermination des Cananéens…
La Bible annotée de Jérusalem, éditée en France en l’an 2000, juste après
le Nouveau catéchisme (1998) nous donne la « bonne interprétation ».
En de nombreux endroits elle nous dit de multiples manières que « le
glaive c’est la Parole de Dieu ». Mais c’est sans doute en marge du Livre
de Josué que les théologiens papistes donnent le plus écoeurant exemple de « bonne
interprétation ».
Les chapitres 3, 4, 7 et 8 décrivent avec de nombreux détails la conquête
du nord et du sud de Canaan. Chaque fois que le « Dieu Sauveur »
livre une cité à son peuple en lui assurant la victoire il insiste pour que
tous les ennemis soient « passés au fil de l’épée » afin que ne reste
absolument aucun survivant. La consigne est respectée, jour après jour, jusqu’à
la fin du massacre. Une note en marge nous dit la leçon que nous devons en
tirer : « La puissance de Josué réside dans son total abandon à la volonté
de Dieu. Il fait comme Yahvé lui avait dit. Il préfigure ainsi le Christ Jésus dont la toute puissance sera l’obéissance jusqu’à la
mort : « non comme je veux, mais comme tu veux ».
Jésus donnera sa propre vie dans
l’obéissance à « Dieu son Père », et il la donnera pour faire
comprendre aux humains qu’ils « doivent s’aimer les uns les autres ».
Josué massacre tout un peuple pour
occuper sa terre mais il faut comprendre, selon les théologiens « interprétant
correctement » que, dans les deux cas, c’est le même enseignement qui est
donné au lecteur ! C’est ce qu’annonce d’ailleurs explicitement l’introduction
au Livre de Josué : « L’ensemble du livre est une figure de la vie
et de l’œuvre qui seront celles de Jésus-Christ. Le Dieu Sauveur fait entrer
son peuple, l’humanité, dans la Terre promise, figure du royaume à venir, le
Royaume des Cieux ».
Et les « bons interprètes » n’hésitent
pas à créer, dans cette Bible de l’an 2000, un personnage unique à deux têtes,
deux âmes, deux conceptions humaines complémentaires, pour eux très cohérent,
qu’ils nomment « Josué-Jésus » !