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Commentaire de Pierre Régnier

sur Le nouveau pape devra supprimer la pire des croyances


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Pierre Régnier Pierre Régnier 14 février 2013 22:53


Bonjour easy

 

Quand Saramago disait, tout de suite après l’attentat épouvantable du 11 septembre 2001, que "le facteur Dieu est la plus criminelle des inventions", c’était une manière d’exprimer, par un non-croyant, combien les croyants sont dangereux avec le Dieu auquel ils croient et tel qu’ils le croient, c’est-à-dire conçu par eux à leur image, donc capable des crimes dont les hommes se savent capables.

 

Si on pousse un peu l’observation on voit que les croyants n’en sont pas restés là, ils ont carrément attribué au Dieu qu’ils ont imaginé, des intentions criminelles. Ils lui ont fait dire qu’il commandait des lapidations, qu’il punirait des petits-enfants parce que leur grand-père avait fauté… Ils lui ont même fait dire qu’il ordonnait très explicitement un très explicite génocide au moins.

 

Saramago voit donc, le 11 septembre 2001, une très logique application de "la plus criminelle des inventions". Je la vois moi aussi mais, sans doute à cause de ma jeunesse chrétienne je vois aussi, au moins chez le Dieu de Jésus et des Evangiles, « la plus pacifiante des inventions » et, par conséquent, mon objectif est d’amener les croyants, les chrétiens au moins, à rejeter leur folle double croyance, celle qui veut que leur Dieu ait commandé le meilleur et le pire. Je veux qu’ils ne croient qu’aux commandements du meilleur.

 

Un an et demi avant septembre 2001 j’écrivais ceci dans "Désacraliser la violence religieuse" (que je n’ai pas pu publier) :

 

" Dans les dernières pages de son livre Le système totalitaire  Hannah Arendt rapporte que Luther « eut un jour l’audace de dire » que : "il devait exister un Dieu parce qu’il fallait à l’homme un être auquel il pût se fier". Ce propos donne une réponse à notre actuelle interrogation : à quoi bon la religion ? Il la donne d’une manière qui peut nous ramener à une conception de « l’homme-Dieu », mais sans l’orgueil qu’implique ce concept dans son expression philosophique dominante.

 

C’est seulement le meilleur de l’homme qui est Dieu, pas le pire, pas même le simplement mauvais, pas même le seulement imparfait. Dieu, c’est le parfait de l’homme, cette part de lui-même à laquelle il aspire et qu’il sait ne pouvoir atteindre jamais. Mais cette part est si mystérieuse et si belle dans son imagination qu’il veut lui donner toute la place. Il la fait toute puissante et infinie. C’est pourquoi il la projette hors de lui-même et la nomme Dieu. C’est pourquoi il sait qu’il « peut s’y fier ». C’est pourquoi elle est pour lui absolument sacrée.

 

L’autre part de l’homme, cependant, celle qui va de l’imparfait au pire déforme Dieu en permanence. C’est la vie ! Les difficultés, les fatigues, les angoisses, les égarements de toutes sortes, les nécessaires combats de la vie déforment à chaque instant la part inconnaissable et inatteignable de l’homme. Et l’homme se trompe et fait Dieu à son image. Il le fait même violent. Quand il déraisonne complètement il oublie l’aspiration merveilleuse qui lui a fait inventer Dieu, et il va jusqu’à sacraliser sa propre violence qu’il a projetée en lui.

 

Pire : il dogmatise, il interdit toute remise en question de cette sacralisation. Il dit aujourd’hui : voici trois mille ans que nous sacralisons la violence, nous n’avons pas pu nous tromper si longtemps.

 

Mais c’est seulement la mauvaise part de l’homme religieux qui s’entête dans cet égarement, qui l’empêche de rejoindre la société présente de la laïcité et des Droits de l’Homme. C’est d’autant plus stupide que souvent, l’autre part le sait, ces Droits furent progressivement imaginés, voulus, exigés par les meilleurs prophètes religieux bien avant les autres hommes. "



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